Poursuivre l’effort pour retrouver une industrie compétitive

Un des acquis du quinquennat qui s’achève, c’est la prise de conscience que la France a besoin d‘une industrie compétitive. C’est elle qui assure l’équilibre de nos échanges extérieurs, qui irrigue nos territoires, renforce la capacité de résistance de notre économie et, à la fin, génère de la croissance et de l’emploi.

Par Louis Gallois
Le 18/05/2017

Un des acquis du quinquennat qui s’achève, c’est la prise de conscience que la France a besoin d‘une industrie compétitive. C’est elle qui assure l’équilibre de nos échanges extérieurs, qui irrigue nos territoires, renforce la capacité de résistance de notre économie et, à la fin, génère de la croissance et de l’emploi. La politique de l‘offre mise en œuvre à travers le CICE et le Pacte de responsabilité, associée à une conjoncture plus porteuse, produit ses premiers effets : les marges des entreprises se sont reconstituées et les perspectives d’investissement industriel sont nettement positives.

Bien sûr, nous ne sommes pas du tout au bout de l’effort ; nos parts de marché continuent – quoique plus lentement – à s’éroder et la balance commerciale des produits manufacturés reste négative – avec un nouveau creux en 2016.

Le retour à la compétitivité face à des concurrents très mobiles n’est donc pas acquis ; c’est une œuvre de longue haleine qui suppose beaucoup de persévérance et de continuité dans l’action. Il y faudra au moins encore un quinquennat ! Trois leviers devront être mobilisés en même temps : l’investissement, l’innovation, la formation.

L’appareil industriel français est vieillissant, en retard en matière d’automatisation et de robotisation. Il doit également s’engager dans la révolution numérique au sein de l’entreprise et dans les relations avec les clients et les fournisseurs. Pour investir les entreprises ont besoin de moyens : la reconstitution des marges était indispensable ; il faut la poursuivre ; tout doit être également fait pour orienter l’épargne vers l’appareil productif ; de ce point de vue la réforme de l’ISF (concentré sur le patrimoine immobilier) proposée par Emmanuel Macron donne le signal que la prise de risque doit être mieux traitée fiscalement que la gestion de la rente.

L’innovation, associée à la qualité et au design permet de différencier l’offre des produits, de monter en gamme. La France dispose d’outils puissants de soutien : crédit d’impôt recherche qu’il faut sanctuariser, programme des investissements d’avenir, BpiFrance… Une meilleure articulation dans la mise en œuvre de ces instruments multiplierait leur puissance. L’irruption du numérique apporte une nouvelle dimension à l’innovation et à la montée en gamme : celle de l’association des produits et des services pour offrir des solutions aux clients. L’épanouissement des start-up, leur capacité à garantir et à bousculer positivement le tissu industriel « classique » peuvent accélérer la mutation de toutes nos entreprises. C’est dire la nécessité de leur assurer un écosystème réglementaire et fiscal favorable.

La formation est le troisième levier. La transformation numérique va profondément modifier la structure et la nature de l’emploi et des compétences : pour ces deux raisons au moins, nous devons « changer de braquet ». Formation professionnelle initiale – il va bien falloir trancher sur l’apprentissage pour que cette formation prenne enfin son essor – et formation continue. Les défauts de cette dernière sont bien connus : stages trop courts, formation trop orientée vers le poste de travail et pas assez vers l’employabilité et la qualification, multiplication des organismes de formation (plus de 10 000 !) sans garantie de qualité, faiblesse des formations au numérique, accès très limité des salariés des PME et des chômeurs (moins de 20%). Bref, il va falloir faire du neuf ! Les 15 milliards d’euros consacrés aux compétences, prévus par le nouveau président sont, à cet égard un bel « investissement d’avenir ». Le compte personnel de formation intégré désormais au compte personnel d’activité créé par la loi El Khomri indique dans quelle direction aller : celle de la formation tout au long de la vie, résolument orientée vers la prise en charge des bouleversements que vont connaître l’industrie et, à travers elle, l’emploi et les métiers.

Il y’a, sur ces trois sujets, matière à un « compromis historique » entre les acteurs de l’industrie française : les entreprises, les syndicats et l’État ? Les Français le souhaitent. La politique industrielle est une de celles qui peuvent créer dans notre pays du consensus. J’ose à peine le dire, tant c’est un lieu commun, c’est ce consensus qui, à la fin des fins, donne à l’industrie allemande toute sa force. Je crois profondément que c’est à notre portée si nous savons profiter de la dynamique de ce début de quinquennat.

La version originale de cet article a été publiée dans Les Echos.fr

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