Le Royaume-Uni restera-t-il une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers ?

En dépit de la volatilité du contexte économique et politique mondial, les investissements directs étrangers restent l’un des moteurs persistants de l’économie européenne : le nombre d’implantations et d’extensions internationales y a même fortement augmenté entre 2015 et 2016 (+15%) créant 260 000 emplois.

Par Marc Lhermitte
Le 10/11/2017

En dépit de la volatilité du contexte économique et politique mondial, les investissements directs étrangers restent l’un des moteurs persistants de l’économie européenne : le nombre d’implantations et d’extensions internationales y a même fortement augmenté entre 2015 et 2016 (+15%) créant 260 000 emplois. Le Royaume-Uni, malgré les conséquences du référendum de juin 2016, n’échappe pas à cette confiance retrouvée des entreprises internationales : avec 1 144 projets recensés par EY en 2016, il reste de loin la première destination en Europe, devant l’Allemagne et la France.

Cette dynamique ne saurait éluder les premiers signes d’infléchissement de l’attractivité britannique : la tendance 2015-2016 des projets d’implantation vers « Destination UK » n’était que de 7 %, soit la moitié du rythme européen. En un an, le nombre de projets industriels a même chuté (-13 %), tout comme le nombre de centres de R&D (-37 %). Les investisseurs se crispent : seraient-ce
les prémices d’un recul plus net à venir ? Selon l’étude EY Plan B…for Brexit parue en janvier 2017, 14 % des entreprises internationales implantées au Royaume-Uni envisageraient de transférer tout ou partie de leur activité. Le spectre de la disparition du passeport financier européen a évidemment des impacts sur les choix de l’industrie bancaire et financière, mais aussi sur les entreprises à dominante technologique ou industrielle, qu’elles soient d’origine européenne, américaine ou asiatique, qui avaient massivement choisi le Royaume-Uni comme tête de pont en Europe.

Les entreprises implantées au Royaume-Uni qui se fournissent en pièces ou composants en Europe devront revoir leurs supply chains afin d’éviter la montée des coûts et la complexification de leurs opérations. Alors que les modalités de sortie du marché unique sont encore au stade des scénarios, les décisions prennent forme dès maintenant : rester ou partir ? Où investir et recruter ? Plus généralement, comment s’organiser en Europe, face au besoin toujours plus pressant de mobilité des capitaux, des technologies et des talents ?

La France peut être au rendez-vous des investisseurs, mais la concurrence reste forte et notre pays devra se battre pour continuer à les attirer et les retenir. Il lui faudra le faire en sachant s’adapter non seulement au Brexit, mais également à un contexte mondial sans précédent : géopolitique américaine, russe ou chinoise, instabilité aux frontières de l’Europe, force des mouvements migratoires, mais aussi émergence de nouveaux modes de vie et de consommation. Et il lui faudra le faire en ouvrant franchement ses portes aux impératifs de compétitivité et d’innovation que les dirigeants interrogés par EY appellent de leurs voeux.

 

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

Benchmarks
Patriotisme économique ou ouverture franche au capitalisme mondial ?
Patriotisme économique ou ouverture franche au capitalisme mondial ?

Retrouvez la préface de l’étude « L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ? » signée par Pierre-André de Chalendar, co-président de La Fabrique de l’industrie.

Voir ce poste
Benchmarks
Conversation avec Louisa Toubal : l’investissement étranger a sauvé l’industrie britannique… jusqu’au Brexit ?
Conversation avec Louisa Toubal : l’investissement étranger a sauvé l’industrie britannique… jusqu’au Brexit ?

À l’occasion de la sortie de la note « L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ? » rencontre avec Louisa Toubal, économiste à La Fabrique de l’industrie.

Voir ce poste
Benchmarks
Pourquoi et comment attirer des centres de décision ?
Pourquoi et comment attirer des centres de décision ?

Ces dernières décennies ont été les témoins d’une forte intégration des économies au travers du commerce et de l’investissement. Cette globalisation a un effet profond sur l’activité économique. Elle offre aux entreprises la possibilité de bénéficier de la division internationale du travail en séparant géographiquement les activités de production de celles des centres de décision. Un centre de décision se définit comme le lieu où sont localisées les fonctions stratégiques (direction financière, marketing, communication, R&D, etc.)

Voir ce poste
Benchmarks
Brexit, IDE et stratégie industrielle
Brexit, IDE et stratégie industrielle

Pour rebondir, le RU doit inventer un nouveau modèle économique, aussi audacieux que celui initié par Mrs Thatcher en 1979, ce qui ne se fait pas en quelques mois.

Voir ce poste

Inscrivez-vous à la newsletter

Vous pouvez à tout moment nous adresser vos contributions et participer ainsi à la réflexion sur les enjeux de l’industrie.

Devenez contributeur