Une stratégie industrielle pour construire la Grande-Bretagne de demain

Ce lundi 27 novembre 2017, Theresa May a dévoilé la nouvelle stratégie industrielle du Royaume-Uni. Eric Célérier, économiste au sein de l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris, la commente pour La Fabrique de l’industrie.

Par Eric Célérier
Le 27/11/2017

Parler de stratégie industrielle au Royaume-Uni peut paraitre étonnant alors que le pays que je représente est connu, voire parfois décrié, du fait de l’importance de sa place financière et du rôle moteur que jouent les services dans l’économie.

C’est tout l’intérêt du rapport de la Fabrique de l’industrie (« L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ?« ) qui montre que le Royaume-Uni a conservé une base industrielle comparable en taille à celle de la France malgré une forte désindustrialisation lors des dernières décennies. Le rapport contribue donc à dissiper un certain nombre de mythes sur un pays qui n’aurait plus d’industrie après avoir fait le choix de s’ouvrir à la mondialisation.

Or le rapport montre que l’investissement étranger peut être un moyen de renforcer le potentiel productif et de faire émerger des secteurs d’excellence comme l’automobile à condition toutefois de faire des réformes structurelles ambitieuses visant à accroître la compétitivité. L’autosatisfaction n’est cependant pas de mise. L’ouverture aux investissements étrangers n’est pas suffisante pour inverser la tendance passée, corriger les déséquilibres régionaux et promouvoir une croissance plus inclusive et mieux partagée.

Le gouvernement britannique a pris conscience qu’il s’agissait d’un enjeu politique majeur dès 2010 en posant les jalons d’une nouvelle stratégie industrielle. Le référendum a encore renforcé l’urgence d’agir. La première ministre Theresa May a fait de la politique industrielle une priorité de son action en indiquant qu’une stratégie industrielle moderne était un élément essentiel de sa vision de la Grande-Bretagne post-Brexit, celle d’une économie plus forte et d’une société plus juste dans lesquelles prospérité et opportunités sont accessibles à tous.

Theresa May a dévoilé aujourd’hui sa stratégie industrielle. Celle-ci présente une nouvelle approche en matière de collaboration entre le gouvernement et l’industrie pour forger une économie plus forte et plus juste. Elle illustre la croyance de la première ministre dans un état stratège fort intervenant de façon décisive là où il peut apporter quelque chose. Elle est enracinée dans la conviction qu’une économie de marché qui réussit doit reposer sur des fondations solides.

Cette stratégie pose quatre grands défis que notre économie doit relever pour être à l’avant-garde de l’industrie du futur : l’intelligence artificielle, la croissance propre, la mobilité et le vieillissement de la société.  Elle s’articule autour de cinq axes visant à accroître la productivité: les idées (faire de la Grande-Bretagne l’économie la plus innovante au monde); les gens (créer de bons emplois mieux rémunérés pour tous); les infrastructures; l’environnement des entreprises (faire de la Grande-Bretagne le meilleur endroit pour créer et développer une entreprise) et la dimension locale (des communautés prospères à travers le Royaume-Uni). Ces thèmes sont également des priorités du gouvernement français qui vient d’exprimer son ambition pour l’industrie.

La route est encore longue mais la réindustrialisation est en marche au Royaume-Uni. Alors que se profile le sommet franco-britannique, souhaitons que le rapport de la Fabrique de l’industrie et les annonces de nos deux gouvernements nourrissent les échanges bilatéraux sur la politique industrielle et renforcent les relations économiques entre nos deux pays.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

Benchmarks
Patriotisme économique ou ouverture franche au capitalisme mondial ?
Patriotisme économique ou ouverture franche au capitalisme mondial ?

Retrouvez la préface de l’étude « L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ? » signée par Pierre-André de Chalendar, co-président de La Fabrique de l’industrie.

Voir ce poste
Benchmarks
Conversation avec Louisa Toubal : l’investissement étranger a sauvé l’industrie britannique… jusqu’au Brexit ?
Conversation avec Louisa Toubal : l’investissement étranger a sauvé l’industrie britannique… jusqu’au Brexit ?

À l’occasion de la sortie de la note « L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ? » rencontre avec Louisa Toubal, économiste à La Fabrique de l’industrie.

Voir ce poste
Benchmarks
Pourquoi et comment attirer des centres de décision ?
Pourquoi et comment attirer des centres de décision ?

Ces dernières décennies ont été les témoins d’une forte intégration des économies au travers du commerce et de l’investissement. Cette globalisation a un effet profond sur l’activité économique. Elle offre aux entreprises la possibilité de bénéficier de la division internationale du travail en séparant géographiquement les activités de production de celles des centres de décision. Un centre de décision se définit comme le lieu où sont localisées les fonctions stratégiques (direction financière, marketing, communication, R&D, etc.)

Voir ce poste
Benchmarks
Le Royaume-Uni restera-t-il une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers ?
Le Royaume-Uni restera-t-il une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers ?

En dépit de la volatilité du contexte économique et politique mondial, les investissements directs étrangers restent l’un des moteurs persistants de l’économie européenne : le nombre d’implantations et d’extensions internationales y a même fortement augmenté entre 2015 et 2016 (+15%) créant 260 000 emplois.

Voir ce poste

Inscrivez-vous à la newsletter

Vous pouvez à tout moment nous adresser vos contributions et participer ainsi à la réflexion sur les enjeux de l’industrie.

Devenez contributeur