Que deviennent les salariés qui perdent leur emploi ?

En suivant plusieurs centaines de milliers de salariés entre 1998 et 2010, cette étude évalue le processus de retour à l’emploi des travailleurs français licenciés à cause de la fermeture ou du rachat d’un site de production, selon qu’ils proviennent d’un secteur exposé à la concurrence internationale – l’industrie manufacturière ainsi que plusieurs secteurs des services – ou au contraire d’un secteur qui en est abrité.

Les fermetures d’entreprises suscitent des inquiétudes croissantes dans nos économies mondialisées, surtout lorsqu’elles concernent des secteurs et territoires offrant peu de perspectives de reconversion aux travailleurs licenciés. Cette étude examine le processus de retour à l’emploi de salariés français licenciés à cause de la fermeture d’un site de production, selon qu’ils proviennent d’un secteur exposé à la concurrence internationale – l’industrie manufacturière ainsi que plusieurs secteurs des services – ou au contraire d’un secteur qui en est abrité.

Contre toute attente, on voit que le secteur manufacturier présente un taux de licenciement plus faible que celui des services exposés et abrités, ces deux derniers secteurs affichant un taux de licenciement similaire. Les salariés de l’industrie manufacturière ont en revanche une probabilité plus faible de retrouver un emploi que les salariés des deux autres secteurs. Cette différence s’explique essentiellement par les caractéristiques sociodémographiques des travailleurs (âge, sexe, catégorie socio-professionnelle, ancienneté, etc.) mais il existe également un effet spécifique au secteur manufacturier. Une explication tient dans le dilemme qui s’impose souvent aux salariés des secteurs exposés, du fait de la concentration géographique de la production : il faut parfois choisir entre changer de région et changer d’activité, ce qui présente toujours un coût et freine par conséquent le retour à l’emploi. Nos résultats confirment cette analyse : les travailleurs de l’industrie manufacturière sont souvent amenés à changer d’activité et de métier pour retrouver un emploi. Si la mobilité inter-régionale est plutôt faible dans les trois secteurs, elle est légèrement plus élevée dans les deux secteurs exposés (services et industrie) lorsque les salariés restent dans la même activité.

Nous montrons également qu’un grand nombre de salariés licenciés du secteur manufacturier sont réemployés dans des emplois dits de « proximité », et qu’ils se placent ainsi dans une perspective moins favorable, en matière de sécurité de l’emploi et de niveau de qualification, que ceux qui restent dans l’industrie. Ces résultats viennent alimenter le débat sur la nécessité d’améliorer la mobilité du travail sur le marché français et de veiller à la création d’emplois dans le secteur manufacturier.

 

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