Les faux-semblants de la libéralisation chinoise

La Chine cherche aujourd’hui à normaliser son économie et à intégrer pleinement le multilatéralisme mondial. Un cadre compétitif, propice aux innovations, lui est en effet nécessaire pour que ses champions continuent à se développer. Paradoxalement, il est donc encore plus difficile qu’avant – mais pour d’autres raisons – de pénétrer le marché chinois pour une entreprise étrangère. La Chine s’ouvre, certes, mais à qui ?

Par
Le 23/03/2021

Dans ce Doc n°11, intitulé « Demain, la Chine ouverte ? », Victor Mabille et Arthur Neveu, diplômés du Corps des mines, brossent le portrait de la Chine d’aujourd’hui et de ses tâtonnements entre libéralisme et nationalisme. Cet ouvrage s’adresse aux responsables industriels voulant miser sur l’économie chinoise et à celles et ceux qui s’y intéressent.

La propriété intellectuelle, pivot de la libéralisation de l’économie chinoise

Depuis plusieurs années, l’économie chinoise ne repose plus sur l’imitation de produits européens et américains mais sur l’innovation locale. En prenant des dispositions de nature à valoriser sa recherche, la Chine a donc indirectement accru le niveau de protection de la propriété intellectuelle des entreprises étrangères : elle sanctionne plus durement les violations de brevets et a même rendu sa cour suprême compétente en la matière depuis 2019. Valeo a été le premier groupe étranger à remporter un procès pour contrefaçon de brevet en mars 2019 contre Fuke & Lucas, condamné à verser à l’équipementier français sept millions de yuans. Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2020, une nouvelle loi est venue desserrer la contrainte qui pesait sur les investisseurs étrangers : seules les industries indiquées dans une liste « négative » voient leur accès restreint, sans être totalement fermé.

Un « changement de paradigme », vraiment ?

Cette libéralisation apparente a cependant ses limites, que les auteurs exposent en proposant une classification des secteurs chinois selon leur degré d’ouverture. Un secteur ouvert (le luxe, par exemple) n’est pas contraint par des mesures protectionnistes (soit parce qu’il n’y a pas de concurrents locaux compétitifs, soit parce que les marques étrangères sont prisées). Dans un secteur en développement, les entreprises chinoises ne sont pas encore compétitives mais en phase de rattrapage, les transferts de technologies sont donc facilités (dans l’aéronautique, par exemple). Un secteur saturé est un secteur dans lequel il existe déjà des entreprises chinoises très performantes : le libéraliser ne leur apportera que des bénéfices puisqu’il n’y a plus de place pour les concurrents étrangers. C’est notamment le cas du ferroviaire. Enfin, un secteur stratégique a trait à la souveraineté de l’État et reste totalement fermé aux étrangers (les services numériques ou la défense en font partie). Dans son ensemble, cette « libéralisation » est donc plutôt le signe du triomphe des entreprises chinoises sur les entreprises occidentales sur leur marché intérieur.

L’avenir des entreprises occidentales en Chine

La plupart des secteurs en développement ne sont ouverts que temporairement et finiront par devenir saturés lorsque les acteurs chinois auront rattrapé leur retard. Cependant, certains marchés offrent des opportunités à court ou long terme pour les Européens. Côté français, des entreprises comme Isigny-Sainte-Mère (lait infantile) ou Atos (conseil informatique) ont su tirer leur épingle du jeu. Parmi les conseils donnés par les auteurs, on retiendra le fait de parier sur l’image de marque européenne, de se prémunir contre la fuite des technologies, de miser sur le capital humain et le savoir-faire chinois et de choisir un secteur ouvert.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Vous aimerez aussi

icon Politiques publiques
Zéro artificialisation nette des sols : un obstacle à la réindustrialisation ?
Zéro artificialisation nette des sols : un obstacle à la réindustrialisation ?
L’objectif de zéro artificialisation nette des sols (ZAN) devrait contrarier l’étalement résidentiel bien davantage que l’implantation d’activités industrielles. En revanche, les lourdeurs administratives constituent encore aujourd’hui un obstacle important à...
Voir ce poste
icon Territoire et industrie
L’industrie en Alsace centrale : innovation et coopération
L’industrie en Alsace centrale : innovation et coopération
Une erreur fréquente consiste à affirmer que certains territoires sont condamnés à un destin funeste en l’absence de métropole ou de spécialisation industrielle marquée. L’Alsace centrale, tout au contraire, puise...
Voir ce poste
icon Mondialisation
Pas de sécurisation des approvisionnements stratégiques sans une meilleure coopération entre l’État et les entreprises
Pas de sécurisation des approvisionnements stratégiques sans une meilleure coopération entre l’État et les entreprises
Les pénuries dues à la crise du Covid-19 ont mis en lumière la dépendance de certaines filières industrielles aux intrants étrangers. Ces vulnérabilités sont anciennes mais elles constituent une menace...
Voir ce poste
icon Territoire et industrie
Territoires industriels : l’union fait-elle la force ?
Territoires industriels : l’union fait-elle la force ?
Les territoires industriels se donnent-ils plus de chances de se renforcer s’ils s’unissent ? L’analyse de ce qui fait localement leur force ou leur fragilité permet de répondre en partie...
Voir ce poste

Pour suivre nos actualités, abonnez-vous à la newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter