Qui sont ces Français (mal)heureux au travail ?

En cette période de réforme du code du travail, La Fabrique se penche sur les travailleurs français. Qui sont-ils ? Dans quelles conditions travaillent-ils ? Et comment se sentent-ils ? À partir de leurs réponses à l’enquête Conditions de travail de la Dares (2013), notre étude montre que la population française se répartit en un petit nombre de portraits types.

Par Elisa Ohnheiser
Le 13/09/2017

Qui sont les plus heureux au travail ?

Lorsque les Français expriment leur ressenti subjectif au travail, six groupes homogènes se détachent, dont un groupe de travailleurs heureux (environ 16 % de la population). Les autres groupes rassemblent ceux qui ont surtout la particularité de travailler seul, d’éprouver des tensions avec leur hiérarchie ou avec leurs collègues, d’avoir récemment vécu des changements… ou de n’avoir rien de particulier à signaler. Les travailleurs heureux ont le meilleur niveau de qualité de vie au travail (QVT), sont les plus fiers de leur entreprise (72 %) et partagent le sentiment de ne pas être exploités (83 %). 57 % d’entre eux se considèrent bien ou très bien payés alors que leur rémunération moyenne est inférieure à celle de la population totale (1 753 € nets par mois contre 1 877 €). Si l’argent ne fait pas le bonheur au travail, le sentiment d’être bien payé y contribue. Notons qu’avec 21 % d’actifs heureux, la catégorie des ouvriers de l’industrie fait partie du top 5 des professions les plus heureuses au travail.

Qui sont les moins heureux ?

Si l’on analyse ensuite les conditions objectives de travail des Français (charge horaire, nuisances…), ce sont cette fois huit profils qui apparaissent. Ils correspondent souvent à un statut ou un secteur d’activité caractéristique : indépendants, CSP+ du privé, travailleurs des services peu qualifiés, professionnels de la santé… Mais il y a deux exceptions : les actifs issus de l’immigration, d’une part, et ceux ayant déjà vécu des accidents du travail, d’autre part, ont des conditions de travail qui les rassemblent au point d’en faire deux groupes nettement identifiables, malgré la diversité de leurs métiers, statuts ou secteurs. Les accidentés du travail et les professionnels de la santé souffrent de mauvaises conditions de travail et d’un niveau de QVT très préoccupant. Seulement 10 % d’entre eux sont heureux au travail, contre 16 % de la population totale.

Autonomie et management : les clés de la QVT

On observe une corrélation positive entre l’autonomie du travailleur et la perception positive de sa QVT. Au-delà d’un certain seuil, cependant, l’autonomie s’accompagne d’une pression ou d’une insécurité qui compensent ces effets positifs et réduisent le niveau de QVT. La qualité du management joue également un rôle majeur : les actifs qui souffrent de tensions avec leur hiérarchie sont ceux qui ont la plus mauvaise QVT.

Le travail, quelle que soit sa forme, garde un rôle structurant dans la vie de chacun. […] C’est aussi la première source de création de richesse pour les entreprises. ”
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, auteur de la préface

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