Mondialisation : les travailleurs de l’industrie sont-il vraiment plus vulnérables ?

S’il est admis que le commerce international accroît la richesse totale des États, la question de savoir qui et combien sont les travailleurs « perdants » de la mondialisation n’est pas scientifiquement close. Une manière d’y répondre est de comparer les parcours des salariés licenciés pour motif économique, selon qu’ils proviennent d’un secteur directement exposé à la concurrence internationale (l’industrie manufacturière ainsi que plusieurs secteurs des services) ou au contraire d’un secteur qui en est abrité. C’est le propos de la Note de La Fabrique « Parcours de travailleurs dans une économie mondialisée ».

Par Elisa Ohnheiser
Le 29/05/2018

Moins de licenciements économiques dans le secteur exposé à la mondialisation

Même si la plupart des économistes affirment, résultats à l’appui, que la mondialisation est un processus globalement gagnant, les Français gardent une mauvaise image de cette dernière, en particulier de son impact sur l’emploi. Leur inquiétude est particulièrement forte concernant les métiers industriels, du fait de la médiatisation intense des fermetures d’usines. En réalité, l’ouverture aux échanges joue peu sur le volume d’emplois à long terme. Surtout, cette étude montre que le risque de licenciement économique est moins élevé pour un salarié de l’industrie (2,3 %) que pour ceux qui travaillent dans les services abrités de la mondialisation (3,3 %).

Un retour à l’emploi plus difficile pour les anciens salariés de l’industrie

S’ils perdent moins souvent leur emploi, les salariés licenciés de l’industrie ont cependant davantage de difficultés à retrouver un emploi que ceux du secteur abrité. La concentration géographique des activités manufacturières rend plus difficile et coûteux de retrouver un emploi dans la même activité, en raison de la distance séparant les sites de production. Les travailleurs licenciés de l’industrie sont donc souvent amenés à changer de secteur d’activité pour retrouver un emploi, et 40 % d’entre eux retrouvent un emploi dans les services abrités, qui sont en moyenne moins qualifiés et plus précaires. En outre, les compétences exigées dans certains métiers industriels (soudeurs, chaudronniers, etc.) sont spécifiques et donc peu transférables, ce qui aggrave les pertes salariales dans ces nouveaux emplois : le manque à gagner en cas de changement de secteur s’élève à 35 %, contre 26 % pour ceux qui travaillaient dans un secteur abrité.

Quelles politiques pour accompagner le retour à l’emploi ?

Ces résultats alimentent le débat sur les aides à la mobilité professionnelle et à la reconversion. Il y aurait un sens à compenser les travailleurs victimes d’un « choc commercial » ou à aider davantage les territoires fragilisés par la mondialisation. Surtout, l’étude insiste sur le rôle de la formation professionnelle pour améliorer l’employabilité des travailleurs des secteurs exposés : les travailleurs ont besoin de développer des compétences transversales pour s’adapter aux mutations de postes ou de secteurs. Une définition normalisée des compétences transversales permettrait une meilleure orientation des travailleurs vers les postes auxquels ils peuvent prétendre, et un renforcement de leur formation professionnelle continue aiderait à limiter les pertes salariales en cas de reconversion.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

icon Mondialisation
Les faux-semblants de la libéralisation chinoise
Les faux-semblants de la libéralisation chinoise
La Chine cherche aujourd’hui à normaliser son économie et à intégrer pleinement le multilatéralisme mondial. Un cadre compétitif, propice aux innovations, lui est en effet nécessaire pour que ses champions...
Voir ce poste
icon Mondialisation
Territoires et mondialisation : je t’aime, moi non plus
Territoires et mondialisation : je t’aime, moi non plus
On débat souvent de la mondialisation comme si elle avait ses architectes d’un côté et ses victimes de l’autre. Or sur le terrain, on ne voit que des gens œuvrer,...
Voir ce poste
icon La désindustrialisation en France et en Europe
Si 8 % des entreprises industrielles pensent relocaliser dans les trois ans, 60 % envisagent créer des emplois en France
Si 8 % des entreprises industrielles pensent relocaliser dans les trois ans, 60 % envisagent créer des emplois en France
La Fabrique révèle aujourd’hui les résultats d’un sondage exclusif réalisé en partenariat avec l’Ifop auprès de dirigeant·e·s d’entreprises sur leurs perceptions et intentions au sujet des relocalisations. Celles-ci font l’objet...
Voir ce poste
icon Emploi et compétences
Collaborer avec la machine : quand les robots sortent de leur cage
Collaborer avec la machine : quand les robots sortent de leur cage
Les robots industriels fonctionnaient jusqu’à présent dans des espaces clos pour assurer la sécurité des travailleurs. L’avènement récent de la robotique collaborative permet désormais à l’opérateur de cohabiter avec des...
Voir ce poste

Pour suivre nos actualités, abonnez-vous à la newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter