Le rachat des start-up : une aubaine pour la France ?

On entend souvent déplorer que nombre de nos start-up soient rachetées par un groupe industriel, souvent étranger.

On entend souvent déplorer que nombre de nos start-up soient rachetées par un groupe industriel, souvent étranger. Certains vont jusqu’à mettre en cause la pertinence du soutien public à la création d’entreprises. Pourtant, les effets de ces rachats sur l’économie et sur l’emploi en France pourraient être positifs.

Certes, on aimerait compter en France plus d’entreprises comme Apple, Google ou Facebook. Des exemples comme Gemalto (entrée au CAC 40 une trentaine d’années après sa création), Dassault Systèmes, Cellectis, ou Critéo, devenus de grands groupes ou des ETI en forte croissance sont encore trop rares dans notre pays.

La vente d’une start-up peut cependant être une mauvaise ou une excellente nouvelle pour les fondateurs et les actionnaires, pour le projet, pour les salariés de l’entreprise et pour le pays.

Parfois, certes, les fondateurs vendent « à la casse », sous la pression de leurs créanciers, mais parfois avec une énorme plus-value. La vente est en tous cas plus satisfaisante qu’une faillite.

Le projet peut souvent mieux s’épanouir lorsqu’il est porté par le réseau commercial d’une grande entreprise et que la technologie est intégrée dans une offre plus vaste.

Il arrive que l’entreprise soit dépecée, par un acheteur qui s’intéresse seulement à la technologie, aux brevets ou aux clients, mais cette situation est rare. Les salariés trouvent parfois des opportunités de carrière motivantes dans le groupe acheteur. Enfin, s’il arrive qu’un groupe étranger ne conserve que quelques personnes-clés et ferme l’établissement français, on voit aussi des cas de groupes envoyant une partie de leur personnel dans l’entreprise achetée (pour intégrer la technologie à leur offre sans perdre les salariés qui maîtrisent la technologie), voire font de la nouvelle filiale leur tête de pont sur les marchés européens et développent fortement celle-ci.

Bizarrement, l’Administration n’a jamais entrepris une étude sérieuse pour évaluer quantitativement les conséquences sur  l’économie et l’emploi en France  des rachats de start-up. Il est vrai qu’il n’est pas facile de dire, quelques années après le rachat d’une entreprise intégrée avec succès, ce qui résulte au sein de l’activité du groupe acheteur de l’achat de la start-up.

On découvre alors que lorsqu’un groupe comme Yahoo propose de racheter une entreprise comme Dailymotion en disant pouvoir créer plus de synergies qu’Orange, personne ne sait trop dire si c’est une opportunité ou une catastrophe pour notre pays.

Pour pallier partiellement cette ignorance, l’Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT) a mené en 2012 une enquête qualitative, à partir d’entretiens approfondis avec des fondateurs de start-up rachetées[1] et organisé une conférence le 12 juin dernier.

L’étude confirme la variété des situations décrites précédemment. La conférence rappelle que les sorties par rachat deviennent la norme et les introductions en bourse l’exception, que le capital-risque est une activité peu rentable en Europe (sur 20 ans, le taux de rentabilité moyen est de -2,7 % en France, -1,9 % en Europe, +15 % aux Etats-Unis[2]), sans doute parce que les bourses européennes n’offrent pas le volume critique de valeurs de haute technologie permettant d’avoir, comme outre-Atlantique, suffisamment d’analystes spécialisés.

Une étude de l’institut Pasteur apporte quelques chiffres supplémentaires : sur une trentaine de pépites françaises rachetées depuis 2009 dans le domaine des biotechnologies, 14 l’ont été par des entreprises françaises et 16 par des entreprises étrangères. La plupart des investisseurs étrangers ont initié ou renforcé leur implantation en France à l’occasion de ce rachat et y ont développé d’autres activités.

Ajoutons que les fondateurs qui revendent leur start-up deviennent souvent des entrepreneurs récidivistes (serial entrepreneurs) et que ce n’est pas le moindre bénéfice pour l’économie de leur pays.

Pour en savoir plus : les actualités de l’ANRT.


[1] Cette enquête a donné lieu à un chapitre du rapport FutuRIS 2012 – La Recherche et l’Innovation en France, sous la direction de J. Lesourne et D. Randet, Odile Jacob, octobre 2012.

 

[2] Selon les statistiques de l’AFIC, Association française des investisseurs en capital.

Thierry Weil

Docteur en physique, ingénieur général des mines, membre de l’Académie des technologies, Thierry Weil est professeur à Mines Paristech (Centre d’économie industrielle) et...

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