Le robot est mon ami. L’histoire d’une intégration réussie

Les initiatives se multiplient pour favoriser la renaissance de l’industrie, dynamique dans l’ensemble mais parfois en difficulté au sein de certains territoires. Dans tous les secteurs, on observe de belles réussites, des « pépites » : des entreprises qui se maintiennent au meilleur niveau dans leur domaine et font la richesse du tissu industriel français. Ce sont ces « aventures industrielles » que La Fabrique de l’industrie, en partenariat avec l’Ecole de Paris du management et l’UIMM, met en avant lors de séminaires dédiés à l’histoire de ces champions.

C’est une histoire qui commence sous de mauvais auspices, à Saint-Lubin-de-la-Haye (Eure-et-Loir), en 2011. CFT Industrie, qui emploie alors huit personnes spécialisées dans le cintrage et l’assemblage de fils, tubes et tôles, est placée en redressement judiciaire. Condamnée à fermer, l’entreprise ne doit son salut qu’à l’implication de sa comptable de l’époque, Elisabeth Klein, qui dirige aujourd’hui l’entreprise. Convaincue que CFT Industrie a encore un avenir, elle en reprend les rênes et la transforme : au bout de quatre mois, non seulement l’entreprise n’a pas créé de nouvelles dettes, mais elle a même remboursé une partie de celles qui avaient été contractées. Mme Klein propose ensuite à la société SFAM de racheter l’entreprise, afin de garantir sa viabilité sur le long terme, une vente conclue très rapidement.

La robotisation aura été une étape cruciale de cette transformation. Dans la foulée du rachat, CFT Industrie décroche en effet deux gros marchés de fourniture de paniers métalliques. À l’époque, les soudeurs travaillent à la main, ce qui n’est pas rentable. L’option du robot est alors évoquée mais les possibilités sont vastes et l’investissement considérable : la petite entreprise risque de s’y perdre. Entre alors en jeu le programme ROBOT Start PME, initié par le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), en trois volets : un audit de l’entreprise, une subvention et un accompagnement.

Mme Klein fait appel au Cetim et découvre que l’intervenant les conseille sur la totalité du processus, du cahier des charges au développement des talents, ce qui sera décisif dans la réussite du projet. À la fin de l’année 2014, le robot est installé dans l’entreprise et la bouleverse entièrement, tant sur le plan des ressources humaines, du management que de la productivité.

La direction a laissé le choix du robot aux soudeurs, qui sont les premiers concernés et qui bénéficient d’un accompagnement par le Cetim. Cette implication des opérateurs a grandement facilité l’intégration du robot. Aujourd’hui, c’est l’un des deux soudeurs qui s’occupe de son réglage. L’acquisition de ce robot a également entraîné des modifications de gestion profondes : CFT Industrie développe la curiosité et l’implication de l’ensemble des collaborateurs, en leur proposant notamment de réfléchir en groupes à la transformation du travail. Elle organise également des visites d’autres usines, pour faciliter le partage de connaissances et de bonnes pratiques.

La gestion de l’entreprise prend également une nouvelle tournure avec la mise en place du lean management, l’obtention de la norme ISO 9001 et de sa version 2015 et l’adoption d’outils tels que la GPAO (gestion de la production assistée par ordinateur) ou encore la GPEC (gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences).

Loin de provoquer des licenciements, l’acquisition du robot s’accompagne de trois recrutements, et surtout d’une montée en compétence des collaborateurs. Investissement dans la formation technique (200 000 euros depuis 2014), partage informel des savoir-faire, polyvalence des salariés : CFT Industrie accompagne ses équipes dans cette transformation. La robotisation a également eu un impact non négligeable sur la santé et la sécurité des salariés, en réduisant les troubles musculosquelettiques et la pénibilité du travail.

Ces initiatives sont couronnées de succès : depuis 2014, le temps de soudure a été divisé par trois ou quatre selon les produits, avec une qualité constante. Cela a permis à CFT Industrie de gagner de nouveaux clients, de diversifier les activités de l’entreprise et, in fine, d’augmenter son chiffre d’affaires de 43 %.

La vision de l’entreprise à horizon 2025 s’articule autour de l’innovation : en mars 2019, CFT Industrie se dotera d’un deuxième robot. Il s’agit d’un cobot, un robot collaboratif, qui sera affecté à l’accrochage des pièces sur la chaîne de peinture en soutien de l’opérateur. Il permettra de soulager ce dernier de tâches répétitives, lui laissant ainsi plus de temps pour approfondir sa connaissance des métaux et des peintures. La robotisation, qui a soutenu l’activité de CFT Industrie jusqu’à la rendre rentable, continue aujourd’hui à accompagner le développement de l’entreprise.

Philippe Frocrain

Diplômé de l’Ecole d’économie de Paris, et docteur en économie de Mines ParisTech, Philippe Frocrain est chef de projet à La Fabrique de l’industrie. Ses travaux portent...

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