Productivité agrégée : prix des facteurs de production et décision des entreprises

La thèse de Charlotte nous explique comment l’intensification des échanges commerciaux a permis des gains de productivité en France et en Europe.

Par Charlotte Sandoz
Le 02/07/2019

La présente thèse traite de sujets importants et d’actualité à la jonction du commerce international et des théories de l’organisation industrielle. L’objectif est de comprendre comment les politiques commerciales, le cadre réglementaire et la qualité des institutions impactent le niveau et la croissance de la productivité agrégée dans le secteur manufacturier, avec une application à l’Europe et à l’Inde.

Cette thèse répond principalement à trois questions :

  1. L’ouverture commerciale permet-elle d’atteindre un niveau de productivité agrégée plus élevé ?
  2. Le commerce extérieur bénéficie-t-il plus que proportionnellement aux entreprises les plus productives au détriment des petites et moyennes entreprises ?
  3. Comment les réglementations du marché du travail impactent-elles la productivité agrégée ?

Dans le premier chapitre co-écrit avec Antoine Berthou, Jong-Chung Chung et Kalina Manova, nous montrons que l’expansion des exportations et des importations stimule la productivité du travail, mais seule la demande à l’exportation réalloue l’activité vers les entreprises plus productives en présence de frictions sur les marchés.

Le second chapitre porte sur l’impact des importations depuis la Chine sur la croissance de la productivité agrégée en France. L’augmentation des importations de produits intermédiaires depuis la Chine contribue de manière significative à la croissance agrégée de la productivité totale des facteurs grâce à une plus grande efficacité de la répartition des parts de marché entre les entreprises. Permettre à un plus grand nombre d’entreprises d’avoir accès à des biens intermédiaires au meilleur rapport qualité-prix stimule la croissance de la productivité agrégée en aidant les
PME à croître.

Dans le troisième chapitre co-écrit avec Adil Mohommad et Piyaporn Sodsriwiboon, nous trouvons que des réformes favorisant davantage de flexibilité sur le marché du travail et une meilleure allocation des crédits entre entreprises réduisent les distorsions de marché et génèrent des gains de productivité et une croissance économique plus forte à long terme en Inde.

Intérêts pour l’industrie

De nos jours, le commerce international est au cœur des tensions au sein et entre grandes puissances industrielles. En France, il est l’une des causes de l’effondrement du secteur manufacturier et du chômage de masse dans certaines régions. Néanmoins, il est aussi l’un des facteurs de la croissance de la productivité. La productivité est un concept économique clé car elle est l’un des principaux déterminants de la croissance du PIB et de la compétitivité d’un pays.

En étudiant l’impact de la globalisation sur la productivité et la stratégie d’internationalisation des entreprises, cette thèse montre comment l’intensification des échanges commerciaux a permis des gains de productivité agrégée en France et en Europe à partir du début des années 2000. Par exemple, la baisse des coûts des produits importés depuis la Chine a permis aux entreprises les plus productives d’accroître leurs parts de marché en ayant accès à des composants moins chers. Cette réallocation des parts de marché a généré de gains de productivité agrégée en permettant à un plus grand nombre d’entreprises d’avoir une taille optimale au regard de leur productivité individuelle.

Par ailleurs, des politiques économiques limitant la concurrence et qui augmentent le prix des facteurs de production modifient la stratégie de production des entreprises et freinent la croissance de la productivité agrégée en créant une mauvaise allocation des ressources entre entreprises. Des reformes structurelle réduisant le fardeau administratif qu’imposent les diverses réglementa- tions permettraient une croissance plus forte des entreprises les plus productives et une meilleure intégration de ces dernières dans les chaînes de valeur mondiales, ce qui est primordiale pour rester compétitif dans un monde globalisé.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

icon Dialogue social dans l’industrie
Accords d’entreprise transnationaux : un changement de paradigme
Accords d’entreprise transnationaux : un changement de paradigme
Les accords d’entreprise transnationaux constituent un sujet à la fois peu connu et peu exploré. La publication de la Fabrique de l’industrie sur “Les accords d’entreprise transnationaux », qui fait...
Voir ce poste
icon Mondialisation
Les emplois exposés et abrités en France
Les emplois exposés et abrités en France
Pierre-Noël Giraud a présenté lors d’un séminaire de l’OFCE qui s’est tenu le 11 juillet 2016 un travail réalisé conjointement avec la Fabrique de l’industrie sur l’emploi exposé et abrité...
Voir ce poste
icon Compétitivité
Compétitivité et montée en gamme des entreprises exportatrices
Compétitivité et montée en gamme des entreprises exportatrices
Notre économie souffre d’un problème de compétitivité à l’export. Pour simplifier, il faut retenir qu’un cercle vicieux s’est enclenché, qui mêle une montée des coûts (du travail notamment), un écrasement...
Voir ce poste
icon Economie, histoire de l’industrie
L'homme inutile
L'homme inutile
Dans son ouvrage L’Homme Inutile, Pierre-Noël Giraud explique comment la globalisation contribue à accroître le nombre des hommes « inutiles », de même qu’elle fait des emplois nomades « l’or...
Voir ce poste

Inscrivez-vous à la newsletter

Vous pouvez à tout moment nous adresser vos contributions et participer ainsi à la réflexion sur les enjeux de l’industrie.

Devenez contributeur