Taxe carbone : un effet différencié sur la compétitivité des industries européennes

La thèse de Batsien Dufau s’intéresse aux échanges internationaux entre secteurs industriels, et plus précisément aux effets sur ces échanges qu’aurait une taxe carbone venant modifier les prix de l’énergie.

Par Bastien Dufau
Le 24/06/2019

On considère généralement qu’une entreprise qui émet beaucoup de CO2  sera frappée d’une taxe sur les émissions plus lourde que les autres et verra donc sa compétitivité-coût fortement dégradée. Ce raisonnement est toutefois insuffisant : en comptant  uniquement le CO2 directement émis par cette entreprise (autrement dit lié à la quantité d’énergie qu’elle consomme), on néglige l’énergie dite  « indirecte », c’est-à-dire contenue dans les consommations intermédiaires. En effet, une hausse des prix de l’énergie augmente les coûts de production tout au long des chaînes de valeur, et se répercute donc naturellement sur le prix des consommations intermédiaires. Or, ces achats en consommations intermédiaires représentent souvent plus de 70 % des dépenses totales d’une entreprise :  l’impact de leur renchérissement n’est donc pas du tout négligeable sur sa compétitivité-coût.

Après avoir développé une méthodologie originale permettant de comptabiliser cette part indirecte, Bastien a ensuite réalisé différentes simulations des effets d’une taxe carbone :  si le montant de la taxe est faible (20 € par tonne de CO2) ou élevé (80 €  par tonne), si elle est perçue dans tous les pays européens ou uniquement quelques-uns, etc. Il montre que, dans le cas d’une taxe appliquée au niveau européen, la Pologne et l’Espagne feraient face à de fortes hausses de leurs coûts de production, alors que les autres pays européens préserveraient leur compétitivité vis-à-vis du reste du monde. Une taxe  carbone mise en place en France uniquement entraînerait une dégradation limitée de la compétitivité des entreprises françaises.

Intérêt pour l’industrie

Les difficultés à défendre la compétitivité-coût de l’industrie en Europe, depuis les années 2000, alimentent une controverse autour des effets à  attendre de l’adoption d’une taxe carbone, à l’échelle nationale ou internationale.

Le travail de Bastien met en évidence qu’une taxe appliquée à l’échelle européenne aurait un impact limité pour la France. Deux raisons à cela : d’une part, le mix énergétique français est moins carboné que celui de  la plupart des autres pays européens, d’autre part, les exportations  françaises portent sur des produits à faible teneur en CO2 et donc relativement épargnés par les effets de la  taxe. D’une façon générale, la perte  de compétitivité de la France vis-à-vis des pays extra-européens serait compensée par son gain de compétitivité vis-à-vis des pays européens.

Si la France taxait unilatéralement le carbone, l’impact sur sa compétitivité-coût serait également limité, toujours du fait que ses exportations sont faiblement carbonées. A contrario, une taxe carbone en Allemagne entraînerait une dégradation plus marquée de la compétitivité-coût de ce pays et se diffuserait à la Pologne, fortement dépendante des importations en provenance d’Allemagne. Ceci  peut expliquer les réticences au projet  d’une taxation européenne de certains pays, jusqu’à l’abandon de cette  mesure en 2014.

L’étude montre enfin que, au-delà des pays, les industries seraient très différemment touchées par la mise en place d’une taxe carbone. Une modulation de la taxe par industrie ou par pays semble politiquement compliquée à mettre en place, mais une redistribution appropriée des montants de cette taxe apparaît une solution plus efficace pour limiter les effets négatifs sur la compétitivité-coût.

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