Vers un management plus responsable de l’innovation

Depuis le début des années 2010, les entreprises sont fortement incitées par les pouvoirs publics à prendre en compte la responsabilité sociale et le développement durable dans leurs projets d’innovation. Mais peut-on pour autant parler de management responsable de l’innovation ?

Une logique de mise en conformité par rapport à des référentiels

Innovation durable, sociale, écologique, responsable, autant de termes qui envahissent peu à peu le vocabulaire des entreprises. Pourtant, selon nous, l’innovation ne peut être, en elle-même, ni « responsable » sur le plan sociétal ou environnemental, ni respectueuse d’une éthique, ni durable. Ce qu’apporte l’innovation c’est la nouveauté, pas le bien ou le mal. C’est le management de l’innovation qui doit être qualifié de responsable (Fernez-Walch et Romon, 2017).

Chauzal-Larguier et Murer-Duboisset (2010), à la suite de Dupuis et Le Bas (2005),  définissent le management responsable comme « un modèle de gestion visant à intégrer les principes de la responsabilité sociale de l’entreprise », principes « reposant sur le triptyque de l’économie, du social et de l’environnement ». Mais dans les faits, le management responsable, a fortiori le management responsable de l’innovation, est encore souvent limité à une logique de mise en conformité par rapport à des référentiels : la norme ISO 26000:2010 relative à la responsabilité sociétale et au développement durable en particulier. En management de l’innovation, la norme ISO 14044 propose ainsi une méthode permettant de conduire un projet d’innovation dans une perspective de développement durable.

Nous estimons que cette logique de mise en conformité est une étape nécessaire mais pas suffisante vers un management plus responsable de l’innovation.

Engager le management de l’innovation dans le sens de plus de responsabilité

Nous proposons trois pistes de réflexion pour engager le management de l’innovation dans le sens de plus de responsabilité.

1- Pratiquer l’intelligence économique, non seulement pour recueillir des données sur les marchés potentiels et pour détecter les technologies émergentes valorisables, mais aussi pour mieux suivre et comprendre les évolutions sociétales. Ainsi les besoins de la société apparaîtraient au même rang que ceux des utilisateurs et pas seulement comme une contrainte de conception (dans le cahier des charges d’un projet par exemple). Les nouvelles offres de biens et de service seraient élaborées afin de créer de la valeur pour les utilisateurs et la société.

2- Intégrer dans les systèmes d’aide à la décision des critères d’évaluation relatifs au développement durable et à la responsabilité sociale, ce pour tous les projets d’innovation et pas seulement ceux soutenus par les pouvoirs publics.

3- Accorder dans les projets d’innovation plus de place à la dimension sociale. Comment, par exemple, parler de responsabilité quand le nouveau produit, conçu en veillant à réduire l’intensité de l’indice carbone, est fabriqué dans de mauvaises conditions de travail ?


Christelle Chauzal-Larguier, Anne Murer-Duboisset« Favoriser les congés solidaires pour développer les outils d’un management responsable », Humanisme et Entreprise 2010/3 (n° 298), p. 65-72.
Jean-Claude Dupuis et Christian Le Bas (2005), Le Management Responsable : vers un nouveau comportement des entreprises, Paris, Economica.
Sandrine Fernez-Walch et François Romon (2017), Management de l’innovation, de la stratégie aux projets, 4ème édition, Paris, Vuibert. http://www.vuibert.fr/ouvrage/9782311403435-management-de-l-innovation

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