Décarboner la production de plastique, une urgence environnementale et économique

Décarboner la production de plastique, une urgence environnementale et économique

Dans le cadre d’une stratégie de décarbonation de nos activités, les plastiques biosourcés sont une alternative stratégique aux plastiques pétrosourcés. En outre, et à condition de diversifier les ressources tout en privilégiant des usages techniques, les bioplastiques sont un levier pour réduire notre dépendance au pétrole.

Le plastique est omniprésent dans notre quotidien : vêtements, pneumatiques, BTP, emballages, équipements de protection sanitaire, pièces automobiles, circuits électroniques ou encore matériel de bureautique. Pourtant, nous commençons à peine à mesurer l’ampleur de la pollution aux microplastiques, qui contaminent désormais l’air, l’eau et les aliments. Leurs principales sources d’émissions restent d’ailleurs largement méconnues du grand public. Si les emballages représentent la plus grande part de la production de plastique — le WWF estime qu’entre 31 % et 44 % des 460 millions de tonnes produites dans le monde en 2019 y étaient consacrés — d’autres sources contribuent fortement à la pollution. Environ 30 % des microplastiques proviennent ainsi de l’industrie textile, tandis que 20 % sont issus de l’usure des pneumatiques lors de leur utilisation.

En août dernier, des diplomates de 184 pays se sont réunis à Genève, sous l’égide de l’ONU, pour le sommet « INC-5.2 », avec l’ambition de conclure un traité mondial contre la pollution plastique. Malgré un consensus apparent sur l’urgence du sujet, aucun accord n’a été signé. Plusieurs pays producteurs de pétrole se sont opposés à toute contrainte sur la production d’hydrocarbures, dont dépend directement l’industrie plastique. Aujourd’hui, près de 90 % des plastiques sont en effet fabriqués à partir de dérivés du pétrole.

Encourager le développement des bioplastiques avec discernement

Face à ce constat, plusieurs leviers existent pour réduire à la fois la pollution plastique et notre dépendance aux ressources fossiles. Le premier est le recyclage. L’incorporation de 20 % à 30 % de matière recyclée dans les plastiques vierges permet de limiter la dégradation de leurs propriétés tout en réduisant jusqu’à 70 % l’empreinte carbone de leur production. Toutefois, cette solution reste encore insuffisamment exploitée : coûteux, énergivore et peu rentable, le recyclage souffre également d’un manque de valorisation des déchets. À ce jour, seuls environ 20 % des déchets plastiques sont effectivement recyclés.

Une autre voie, à la fois industrielle et écologique, réside dans le développement des bioplastiques. Contrairement aux plastiques conventionnels, ils sont fabriqués à partir de matières premières renouvelables : huile de ricin, biomasse, amidon de maïs ou encore déchets organiques. La diversité de ces ressources constitue un atout majeur, permettant de sécuriser les approvisionnements et de construire une filière plus résiliente.

Plutôt que de mettre ces différentes ressources en concurrence, il convient de les combiner intelligemment. En associant production locale et électricité décarbonée, il serait même possible de tendre vers des matériaux à empreinte carbone très faible, voire négative, à l’image des végétaux dont ils sont issus. Le marché des bioplastiques est d’ailleurs en pleine expansion : en Europe, il devrait passer de 790 000 tonnes en 2025 à 1,81 million de tonnes en 2030, soit une croissance annuelle moyenne de près de 18 %. À l’échelle mondiale, il pourrait plus que doubler sur la même période.

Cependant, il est essentiel de rappeler que « biosourcé » ne signifie pas « biodégradable ». Un simple changement de matière première ne suffira donc pas à résoudre la pollution plastique. Il est dès lors pertinent de réserver ces matériaux à des applications techniques à forte valeur ajoutée, afin de limiter leur usage dans des produits à durée de vie très courte, comme les emballages, et de réduire les conflits d’usage avec l’agriculture.

Une opportunité pour l’agriculture et l’industrie françaises

Dans ce contexte, les matériaux composites renforcés de fibres naturelles connaissent un essor remarquable. Légers, durables et performants, ils sont de plus en plus utilisés dans des secteurs industriels exigeants, notamment les transports et le BTP.

La France dispose d’un avantage stratégique majeur dans ce domaine grâce à sa puissance agricole. Elle est le premier producteur mondial de lin textile, représentant plus de 60 % de la production mondiale. Entre septembre et décembre 2025, la production européenne de fibres de lin a atteint 70 000 tonnes, en hausse de 40 %.sur un an. Malgré cette position dominante, près de 80 % des fibres de lin françaises sont encore transformées en Asie. La relocalisation de cette industrie, indispensable pour donner aux fibres une structure résistante tant pour l’industrie textile que pour des applications techniques, constitue donc un enjeu clé pour structurer une filière nationale de matériaux biosourcés à haute valeur ajoutée.

Saisir cette opportunité permettrait de développer une industrie souveraine et durable, créatrice d’emplois, et capable de répondre aux besoins de secteurs stratégiques : automobile, bâtiment, santé ou encore rénovation énergétique.

Dans un contexte de transition écologique accélérée et de tensions géopolitiques persistantes, continuer à dépendre du pétrole pour des matériaux aussi essentiels constitue un risque stratégique. À l’inverse, structurer une filière biosourcée robuste permettrait de sécuriser les approvisionnements, de réindustrialiser les territoires et de réduire significativement notre empreinte carbone.

Photo de Quentin Bourgogne

Quentin Bourgogne

Quentin Bourgogne est maître de conférences en physique des matériaux à l’université de Lorraine. Ses travaux de recherche sur les composites sont intégrés dans des logiciels...

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