Le modèle allemand et ses limites

Dans une étude publiée récemment sur l’Allemagne, l’OCDE met en garde contre un ralentissement prévisible de la croissance et conseille de transformer son modèle de croissance

Dans sa dernière étude économique sur l’Allemagne, présentée par son secrétaire général Angel Gurría, l’OCDE fait naturellement état de résultats économiques impressionnants en Allemagne. Mais l’organisation internationale assortit ce constat de quelques réserves.

L’étude de L’OCDE souligne en effet que le pays « est aujourd’hui confronté à un retour cyclique des taux de croissance plus lents et à des défis pour poser les bases d’une croissance à long terme ». Désormais, « les perspectives se sont considérablement assombries » est-il encore écrit. Conclusion : « à long- terme, l’Allemagne a besoin de transformer son modèle de croissance pour se développer en tant qu’économie basée sur le savoir. »

Quelles sont les pistes de développement préconisées par l’OCDE ? Celle-ci insiste en particulier sur la nécessité de réformes destinées à stimuler la demande intérieure, de façon à améliorer les conditions générales de l’investissement et de l’innovation. Elle invite le pays à « assouplir la réglementation dans certains secteurs de services, en particulier les services professionnels, et à soutenir l’innovation, via, par exemple, la création d’un crédit d’impôt au titre de la R&D. » Sur ce dernier point, pour une fois, la France peut servir de modèle…

Deuxième point fort de l’étude : un chapitre entier est consacré à la croissance verte. Il insiste sur le fait que l’Allemagne, pays précurseur en la matière, doit renforcer l’efficience de sa politique environnementale si elle veut atteindre, à un coût raisonnable, les objectifs ambitieux qu’elle s’est fixés en matière de lutte contre le changement climatique. « L’Allemagne doit soutenir l’éco-innovation afin de rester à la pointe sur les marchés verts et de développer de nouveaux secteurs compétitifs » écrit l’OCDE.

Le rapport point encore le risque de pénurie de main d’œuvre lié au vieillissement de la population allemande. Pour y faire face, l’OCDE préconise d’investir dans les compétences et de favoriser l’activité à temps plein des femmes en réduisant la contre-incitation fiscale qui touche les seconds apporteurs de revenus d’un foyer et en développant les structures de garde d’enfants. Selon l’étude, les autorités devraient également encourager l’emploi des seniors et « adapter les flux migratoires aux besoins économiques, notamment en assouplissant les règles d’embauche des immigrants hautement qualifiés ».

Le « modèle » allemand aurait-il atteint ses limites ? D’autres voix s’élèvent pour appeler à prendre un peu de recul. Ainsi, un dossier du Monde économie du 20 février dernier (« Pourquoi le modèle allemand est une mode »), citait Sylvain Broyer, chef-économiste adjoint de Natixis : « L’Allemagne, dit-il, a bradé son modèle social. Pour revenir au plein-emploi, l’Allemagne a avant tout cassé ses standards sociaux. On ne peut pas la copier sans mettre fin à l’Etat-providence. C’est antinomique. »

Franck Barnu

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