Entre « laisser-faire » et patriotisme économique, quelle nouvelle politique industrielle pour le Royaume-Uni ?

Le Royaume-Uni a historiquement mené une politique économique de « laisser-faire » et d’ouverture aux investissements étrangers (IDE). Comme le montre cette synthèse, l’ouverture aux échanges a compensé et non renforcé les faiblesses de l’industrie britannique, même si elle ne peut constituer un remède unique. La difficulté de Theresa May est de maintenir un contexte économique attractif pour les IDE, dont le Royaume a besoin, tout en répondant aux attentes contraires de son électorat et aux défis liés au Brexit.

Par Elisa Ohnheiser
Le 05/02/2018

Avantages et effets controversés des IDE

Les entreprises à capitaux étrangers sont deux fois plus productives que leurs homologues nationales et la productivité est justement un défi économique du Royaume-Uni. Elles consacrent également cinq fois plus de fonds à la R&D, nouent plus de collaborations avec les universités et tendent à avoir de meilleures pratiques de management.
Contrairement à une idée reçue, l’entrée de capitaux étrangers a soutenu la création d’emplois industriels mais cette relance du secteur ne s’est pas faite par une montée en gamme. La flexibilité du marché du travail a favorisé la progression d’emplois peu qualifiés dans l’industrie, avec des tâches élémentaires, plutôt que des postes à forte valeur ajoutée dans des secteurs high-tech.
Cependant, les entreprises étrangères choisissent les localités les mieux dotées en compétences et les plus dynamiques, renforçant ainsi les inégalités sur un territoire. Par exemple, l’implantation de Nissan à Sunderland en 1986 a certes contribué au dynamisme global du secteur automobile mais a accentué la polarisation des ressources de la zone au détriment d’autres bassins d’emplois.
Le pays a laissé vendre des pans entiers de son industrie, y compris dans des domaines stratégiques (télécommunications, hautes technologies, énergie…). Certains parlementaires britanniques jugent cette situation très préoccupante. En 2016, la Chine a investi 11,15 milliards de dollars, soit le double du montant investi en 2015.

Quelle politique industrielle post-Brexit ?

Le Royaume-Uni est la destination privilégiée des investisseurs en Europe et son stock total d’IDE entrants est 1,7 fois plus élevé que celui de la France. La forte dépendance du pays aux IDE interroge sur la capacité du gouvernement à conduire avec succès une stratégie industrielle lui permettant de sortir de l’UE par le haut. Theresa May doit démontrer que le Royaume-Uni reste une économie ouverte pour continuer à attirer les IDE. Le Centre for Economic Performance de la London School of Economics estime que le Brexit pourrait faire perdre 22 % des IDE entrants au cours de la prochaine décennie. Le gouvernement a donc annoncé vouloir ramener l’impôt sur les sociétés de 20 % à 17 % à l’horizon 2020, mais ce choix risque de peser sur les finances publiques. Dans le même temps, il doit prendre en compte le sentiment nationaliste grandissant parmi les électeurs, qui souhaitent que le Royaume se protège des rachats étrangers « hostiles ».

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

icon Benchmarks
Une Italian Way de l’industrie du futur
Une Italian Way de l’industrie du futur
L’industrie italienne peut-elle trouver un nouveau souffle grâce aux technologies 4.0 ? Deux études sont publiées ce jour par La Fabrique de l’industrie : une Note proposant un voyage au cœur des...
Voir ce poste
icon Leviers de la compétitivité
Pierre-André de Chalendar et Louis Gallois : l’industrie française peut revenir dans la course mondiale
Pierre-André de Chalendar et Louis Gallois : l’industrie française peut revenir dans la course mondiale
Louis Gallois et Pierre-André de Chalendar, co-présidents de La Fabrique de l’industrie, ont présenté leurs vœux à la presse ce jeudi 25 janvier 2018. L’occasion pour eux de partager quelques...
Voir ce poste
icon Politiques industrielles
Conférence de presse "Quelle stratégie industrielle pour la France ?"
Conférence de presse "Quelle stratégie industrielle pour la France ?"
Pierre-André de Chalendar et Louis Gallois, co-présidents de La Fabrique de l’industrie, ont présenté leurs vœux à la presse lors d’une conférence “Quelle stratégie industrielle pour la France ?” le jeudi...
Voir ce poste
icon Benchmarks
L'investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ?
L'investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ?
À l’heure où la France s’interroge sur les rachats étrangers d’entreprises, cette note analyse la politique de promotion d’investissements directs étrangers (IDE) du Royaume-Uni mise en place afin d’enrayer sa...
Voir ce poste

Inscrivez-vous à la newsletter

Vous pouvez à tout moment nous adresser vos contributions et participer ainsi à la réflexion sur les enjeux de l’industrie.

Devenez contributeur