Comment déjouer le « mal-investissement » français ?

Les entreprises françaises sont les championnes de l’investissement en Europe, ce qui devrait se traduire par une croissance élevée. Or, si les signes d’embellie économique sont incontestables, les indicateurs macroéconomiques classiques (croissance, emploi…) ne sont pas au niveau des pays voisins. Cela conduit les experts à parler de « mal-investissement français », comme si cet effort important était déployé de manière inefficace.

Les hypothèses les plus courantes ne sont pas corroborées par les faits

Les deux hypothèses les plus souvent avancées pour expliquer le « mal-investissement » français – le prix excessif de l’immobilier et le poids de la mise en conformité réglementaire – ne sont en réalité pas confirmées par les données disponibles. En effet, les dépenses d’investissement dans l’immobilier et le foncier n’ont représenté en 2015 que 14 % de l’investissement total, un taux faible par rapport aux autres pays européens. Ensuite, il n’existe à notre connaissance aucune étude économétrique mettant en évidence un effet contreproductif des investissements « réglementaires ».

Les deux défis à relever pour le tissu industriel français 

L’investissement productif est aujourd’hui celui qui repousse la frontière technologique. Cela nécessite des projets plus incertains et de long terme. De tels projets sont avantageusement soutenus par des financements en fonds propres, tel le capital-investissement, plutôt que par le crédit bancaire classique. Or, le capital-investissement est relativement peu développé en France (8,2 milliards d’euros investis contre 12,3 milliards au Royaume-Uni en 2015). Un autre défi sera de dépasser le niveau actuel de concentration de l’effort d’investissement. En 2015, 70 % des dépenses ont été réalisées par seulement 3 000 entreprises. La moitié d’entre elles sont des grands groupes, un tiers des ETI et uniquement 15 % des PME, dont le taux d’investissement reste nettement en-deçà de la moyenne. Cette disparité se fait aussi ressentir au niveau de l’effort investissement en R&D.

Les moyens pour soutenir l’investissement

Les moyens mis en place ces dernières années par les pouvoirs publics (CICE, suramortissement, CIR) ont certes eu un effet positif encourageant. Mais, même après une augmentation de l’investissement de 4 % en 2016, ce paradoxe français du « mal-investissement » n’est toujours pas résolu. Les pouvoirs publics doivent mettre au point une stratégie d’investissement reposant sur deux grands piliers : favoriser l’investissement des entreprises dont l’effort est aujourd’hui en retrait et entretenir, par l’investissement public, un écosystème sachant répondre aux grands enjeux de l’industrie du futur (numérique, montée en qualification des salariés, etc.).

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Pour aller plus loin
Lire la Synthèse n°13 "L’énigme de l’investissement "
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