Le mix électrique français est-il encore un atout ?

Ce document de travail vient faire la lumière sur différents paramètres de la situation qu’il est utile de connaitre. Il examine dans une première partie la hausse récente de la facture énergétique des industriels. Dans un deuxième temps, il analyse les prix de l’électricité payés par les industriels en Europe et leurs déterminants.

Face à l’envolée des prix du gaz et de l’électricité, certains observateurs ont mis en cause l’interconnexion des marchés européens de l’énergie, craignant que les industriels français paient leur électricité à un prix plus élevé que si ce dernier avait reposé uniquement sur les coûts de nos centrales nucléaires domestiques. Nos industriels ont longtemps bénéficié d’un prix de l’électricité moins élevé que leurs homologues européens. Mais depuis 2016, ce n’était plus tant en raison d’un mix énergétique plus favorable que grâce à une fiscalité plus accommodante. Dans le même temps, la France a bénéficié des interconnexions pour se couvrir contre les risques de black-out.

La crise énergétique de 2022 a bouleversé la situation, entraînant un doublement de la facture énergétique totale (directe et indirecte) pour la plupart des industriels en Europe : cette inflation énergétique est responsable à elle seule de la moitié de l’envolée de leurs coûts de production. Mais cette inflation se propage bien davantage via les échanges internationaux de biens intermédiaires (163 TWh importés en France en 2019) que via les importations directes d’électricité aux frontières (30 TWh). Nos industriels dépendent donc largement des tarifs étrangers de l’énergie et notamment de l’électricité, du fait du déploiement mondial des chaînes de valeur : une approche nationale du problème serait une approche partielle.

Cette crise est en réalité la conjonction de plusieurs événements décorrélés. Certains, comme la guerre en Ukraine ou l’envolée du cours du pétrole, génèrent des effets ressentis dans toute l’Europe au moins. D’autres comme l’indisponibilité du parc nucléaire français et l’anticipation d’une pénurie dans le courant de l’hiver 2022-2023, sont propres à notre pays. La comparaison avec la situation allemande nous enseigne que ces deux familles de causes pèsent chacune un poids comparable dans l’envolée du prix du MWh sur le marché de gros en France. Nos choix nationaux de mix électrique s’avèrent donc déterminants dans les niveaux de prix constatés ; sortir du marché européen n’apporterait aucune solution à court terme. A contrario, les coûts de production des centrales étrangères appelées pour répondre à nos pics de demande n’ont joué, jusqu’en 2021 du moins, pratiquement aucun rôle dans le niveau de prix du MWh vendu aux industriels.

Une réflexion reste possible sur l’opportunité d’encadrer les tarifs de vente de l’électricité en cas de crise (ils le sont déjà en partie), sans remettre en question le mécanisme fondamental de fixation des prix ni le principe d’une interconnexion des marchés européens. Pour les très gros consommateurs industriels, l’ARENH apparaît comme un mécanisme de protection décisif face à l’envolée des cours ; il est nécessaire d’en tenir compte au moment de songer à l’avenir de ce dispositif.

 

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