Ce que l’Italie nous apprend sur l’industrie du futur

La Fabrique de l’industrie propose une synthèse pour accéder aux enseignements que nous pouvons tirer de l’industrie 4.0 en Italie. Ce document complète la publication de la traduction de l’ouvrage italien Industria 4.0, réalisé en 2015-2016 par des chercheurs du think thank Torino Nord Ovest basé à Turin.

Par Anne-Sophie Alsif
Le 25/09/2018

Entre 2008 et 2014, l’économie italienne a subi une véritable récession, avec un taux de « croissance » de -1 % en 2008 et de -5,5 % en 2009. Le pays n’en est sorti qu’en 2014, avec une croissance à 0,1 % seulement. Avec un secteur manufacturier reposant essentiellement sur le dynamisme de PME exportatrices, de petite taille, à gouvernance familiale et recourant principalement à l’endettement, l’Italie a souffert plus que d’autres du repli de la demande extérieure suite à la crise financière de 2008. Ce phénomène a été aggravé en 2011 par la crise de la dette souveraine, qui a provoqué un credit crunch, entraînant la faillite de nombreuses PME déjà fragilisées. Leur nombre (hors micro-entreprises) est passé de 150 000 en 2007 à 136 000 en 2014 pour repartir à la hausse à partir de 2015. Depuis quatre ans, le secteur privé semble renouer avec une trajectoire positive, mais de nombreuses incertitudes politiques et économiques pèsent toujours sur l’avenir de la péninsule, notamment le poids de la dette publique (131 % du PIB en 2017) et la faiblesse de la croissance potentielle.

Dans ce contexte, l’industrie 4.0 offre un cadre conceptuel pour dépasser les fragilités structurelles du tissu productif et relancer les investissements. Reposant sur des stimulations fiscales et des crédits d’impôt, le Piano Nazionale Impresa 4.0 lancé en septembre 2016 vise principalement à assurer la modernisation de l’appareil de production et à favoriser l’innovation. Longtemps, l’innovation technologique n’a pas été la priorité du Made in Italy, dont le modèle reposait et repose encore sur un mix de créativité, style, qualité et orientation à l’export, ainsi que sur une main d’œuvre expérimentée, flexible et peu chère.

Dans les usines de la péninsule, la révolution numérique n’en est donc qu’à ses prémices. Même dans les grands groupes, on observe davantage un toyotisme augmenté par les technologies numériques qu’un véritable bouleversement. Cependant, l’industrie 4.0 offre à l’Italie des perspectives inattendues. Contrairement à l’Allemagne, son problème n’est pas tant de « personnaliser » la production de masse que « d’industrialiser » l’artisanat. Personnalisation, flexibilité et orientation client caractérisent déjà le mix productif italien ; dès lors, l’introduction des nouvelles technologies représente l’opportunité de conjoindre croissance des volumes, productivité et qualités propres à cette industrie artisanale.

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