Ne taxez pas les robots, formez les salariés !

L’industrie française souffre sur le long terme d’un manque d’investissement. Nous sommes pris en tenailles entre des pays à bas salaires dont l’offre est meilleur marché et ceux qui peuvent vendre cher des produits de qualité grâce à un outil de production performant.

Par Thierry Weil
Le 25/01/2017

Soutenir l’investissement productif

Pour retrouver notre compétitivité en conservant des salaires élevés et une bonne protection sociale, il nous faut monter en gamme en investissant dans des procédés de production plus efficaces et pouvoir proposer des produits innovants et de qualité.

Le gouvernement l’a compris, qui a pris plusieurs mesures en faveur de l’industrie du futur (CICE permettant aux entreprises de reconstituer leurs marges, sur-amortissement des investissements jusqu’au 1er avril 2017, programme pour l’industrie du futur permettant notamment l’accompagnement de nombreuses PME dans leur démarche de modernisation, fiscalité favorable à l’investissement dans la recherche). Ces efforts commencent à porter leurs fruits : la Fédération des industries mécaniques constate en 2016 une augmentation des commandes de robots.

Taxer les robots contrarierait cette dynamique. La mesure est justifiée par la perception que les robots voleraient nos emplois. Pourtant, on constate que les pays qui ont le plus de robots, comme la Corée et l’Allemagne, sont ceux qui ont su le mieux développer ou préserver leur industrie.

Ce paradoxe résulte de plusieurs mécanismes. D’une part, si le robot accomplit des tâches – souvent pénibles et répétitives – jadis confiées à un opérateur humain, il faut des gens, souvent très qualifiés, pour concevoir, fabriquer et installer les robots. Certes, il n’y aurait pas de gain de productivité si les coûts de conception et de fabrication des robots excédaient les économies qu’ils permettent de réaliser.

Entretenir la dynamique

Mais par ailleurs l’entreprise équipée de robot, si elle est devenue plus compétitive, prend des parts de marché à ses concurrentes, ce qui lui permet d’augmenter sa production et d’employer plus de salariés (souvent en dehors de la fabrication). Enfin, la meilleure productivité de l’entreprise se traduit par une hausse de ses marges ou une baisse de ses prix. Dans les deux cas, le pouvoir d’achat supplémentaire qui en résulte crée une demande solvable qui stimule l’économie.

Une partie des emplois créés peuvent ne pas être dans la même entreprise ni dans le même secteur (on parle de « déversement sectoriel »). Ils peuvent surtout ne pas être dans le même territoire, si la demande supplémentaire se porte plutôt vers des produits importés. C’est pourquoi le lien entre achat de robots et emploi est moins clair et systématique qu’entre robots et croissance de l’industrie.

Cependant nous n’avons pas vraiment le choix : si une entreprise ne modernise pas son appareil de production, ses produits ne résistent pas à la concurrence et ses usines ferment. Nous ne le voyons que trop souvent. En taxant les robots, on la dissuade de se moderniser, on préserve à très court terme quelques emplois et on condamne l’entreprise.

Accompagner l’emploi

Dans les bons cas, fréquents, l’automatisation des tâches les plus répétitives s’accompagne d’une évolution du contenu des emplois vers des tâches plus qualifiées. Ainsi la multiplication des distributeurs automatiques de billets a permis aux employés de banque de se concentrer sur des tâches plus gratifiantes et plus qualifiées de conseil à leur clientèle.

Les emplois qui disparaissent du fait de la robotisation sont en général peu qualifiés. Ceux qui apparaissent exigent un niveau de compétence supérieur. Accompagner les transitions représente donc un immense défi pour les directions des ressources humaines des entreprises pour notre système de formation.

L’enjeu de l’industrie du futur est donc cet accompagnement individuel permettant à ceux qui sont déjà sur le marché du travail d’évoluer vers des tâches plus qualifiées et à ceux qui n’y sont pas encore d’y être bien préparés.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Crédit photo : Les robots sont à l’œuvre. ICAPlants/Wikimedia, CC BY

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

Industrie du futur
L’industrie du futur ? Des robots et des hommes
L’industrie du futur ? Des robots et des hommes

[confidences d’un patron] À la tête d’Alliansys, une PME d’électronique, Michel de Nonancourt mène de front modernisation de l’outil industriel et autonomisation des salariés.

 

Voir ce poste
Industrie du futur
L’industrie du futur, ou la nécessaire montée en gamme de nos entreprises
L’industrie du futur, ou la nécessaire montée en gamme de nos entreprises

Tout le monde adhère aujourd’hui à l’idée que notre industrie doit monter en gamme. À cette fin, quatre défis au moins sont à relever.

Voir ce poste
Industrie du futur
75% des industriels de taille moyenne aux Etats-Unis et en Europe adopteront un modèle orienté service avant 2018
75% des industriels de taille moyenne aux Etats-Unis et en Europe adopteront un modèle orienté service avant 2018

Pallier au manque de compétences et booster les services sont les premières priorités des industriels en 2017. Qu’en est-il de l’Internet-of-Things ? Aujourd’hui, 50% des coûts des projets IoT sont liés à l’intégration. En 2017, de nombreux industriels auront déjà acquis leurs solutions IoT – ils ont à présent besoin de mieux les intégrer pour les exploiter pleinement. Amor Bekrar, président d’IFS France, décrit dans trois billets, les trois tendances clés pour les industriels en 2017 et au-delà. Celui-ci s’attache au modèle orienté service. Les deux précédents traitaient de l’IoT et de l’expérience par apprentissage.

Voir ce poste
Industrie du futur
The Smart Way. Excellence opérationnelle : transformer nos usines en pépites grâce à l’industrie du futur
The Smart Way. Excellence opérationnelle : transformer nos usines en pépites grâce à l’industrie du futur

Michael Valentin, directeur associé chez OPEO, présente son ouvrage « The Smart Way ».

La France industrielle a tous les atouts pour réussir avec des forces historiques très solides et une révolution industrielle qui rebat toutes les cartes. Mais pour profiter au maximum de l’industrie du futur, le mouvement doit être encouragé, expliqué et accompagné de façon méthodique : c’est l’objet de cet ouvrage qui donne les clés indispensables au succès de la transformation qui débute dans chaque entreprise.

Voir ce poste

Inscrivez-vous à la newsletter

Vous pouvez à tout moment nous adresser vos contributions et participer ainsi à la réflexion sur les enjeux de l’industrie.

Devenez contributeur