Patriotisme économique ou ouverture franche au capitalisme mondial ?

Retrouvez la préface de l’étude « L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ? » signée par Pierre-André de Chalendar, co-président de La Fabrique de l’industrie.

Par Pierre-André De Chalendar
Le 17/11/2017

La décision du peuple britannique en faveur du « Brexit », en juin 2016, a provoqué une onde de choc politique dans toute l’Europe. Depuis, de nombreux analystes ont tenté de comprendre ce choix d’une sortie de l’Union européenne : la désindustrialisation continue du pays pendant plusieurs décennies est l’un des premiers facteurs explicatifs mis en avant.

C’est indéniable : les pouvoirs publics britanniques ont pris conscience trop tard de l’importance de l’industrie pour la performance et la stabilité de leur économie. Il aura fallu la crise financière de 2008 pour que soient révélées les limites d’un modèle économique fondé principalement sur les services et que soient posés les premiers jalons d’une nouvelle stratégie industrielle.

Ce changement de cap, qui doit être confirmé dans les années à venir, n’est pour autant pas un virage à 180 degrés. Pragmatiques, les pouvoirs publics britanniques capitalisent sur les atouts historiques du pays, et notamment sur l’attrait de nombreux investisseurs étrangers pour participer à la reconquête industrielle du pays. Le Royaume-Uni est donc un « terrain » de choix pour tenter de répondre à une question qui nous occupe depuis longtemps en France : qu’est-ce qui, du patriotisme économique ou de l’ouverture franche au capitalisme mondial, offre les meilleures garanties d’une prospérité durable ?

Comme le montre cet ouvrage, les effets des investissements étrangers (IDE) au Royaume-Uni sont complexes. D’un côté, il est clair que le rachat de fleurons nationaux par des entreprises à capitaux étrangers a ralenti (et non précipité) le mouvement de désindustrialisation du pays. D’un autre côté, les IDE ne sont pas une recette miracle, un outil qui suffirait à lui seul à enclencher une phase de ré-industrialisation durable, même à l’échelle d’un territoire ou d’un secteur industriel. Comme le montrent les études de cas relatées dans les pages qui suivent, attirer des entreprises étrangères ne suffit pas, il faut encore savoir les retenir et les inciter à investir davantage. Certains territoires exemplaires montrent la voie, en rivalisant d’ingéniosité pour exploiter au mieux les gains liés à ces implantations étrangères.

Mettant en exergue des choix politiques et réglementaires différents entre le Royaume-Uni et notre pays, cet ouvrage apporte un éclairage bienvenu dans le débat sur la nationalité des entreprises et le contrôle des investissements. En outre, il permet au lecteur de mesurer l’ampleur des défis auxquels l’économie britannique est maintenant confrontée dans le contexte du Brexit et auxquels une politique industrielle intelligente et moderne devra savoir répondre.

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