Atol : pourquoi relocaliser la production en France ?

Le groupe Atol a rapatrié de Chine une bonne partie de la fabrication de ses lunettes. Arguments : qualité et réactivité, indispensables pour monter en gamme.

Par Franck Barnu
Le 27/03/2012

Jusqu’en 2005, le groupe coopératif Atol, qui regroupe 770 opticiens indépendants, fabriquait l’intégralité de ses montures de lunettes en Chine. Et réalisait l’assemblage verres-monture en Thaïlande.

En 2012, changement de décor. Environ 30 % de ses montures, soit quelque 300 000 unités par an, sont produites en France, dans le Jura en particulier. La région, avec les villes d’Oyonnax et de Morez spécialisées de longue date dans la lunetterie (plastique pour la première, métallique pour l’autre), avait souffert des délocalisations. C’est peu dire que ce retour est apprécié. Quant à l’assemblage, il a été rapatrié à Beaune (Côte d’or). Et ce n’est qu’un début.

Le retour en France de la production de montures de lunettes a été initié chez Atol, bien avant que le « made in France » ne soit devenu d’actualité. « En réalité, depuis 2005, le PDG de l’entreprise avait pris conscience des limites du tout asiatique » raconte Cedric Veille, directeur des opérations du site de Beaune. L’année 2009 verra la première collection Atol sortir des sites français. Depuis, chaque année, une nouvelle collection est lancée et fabriquée en France.

Pourquoi relocaliser ? Réponse : pour gagner en qualité et en réactivité. « Les deux motivations sont inséparables » affirme Cedric Veille. S’y ajoute l’objectif de montée en gamme, à la fois cause et effet de ce retour aux sources. En termes de réactivité, les chiffres parlent d’eux mêmes : le délai entre une prise de commande et la livraison est désormais de deux à trois semaines. En passant par la Chine, il fallait quatre mois !

Idem pour le délai de développement d’une nouvelle gamme. Sur les sites français, deux mois suffisent pour passer du prototype à la livraison, temps qui comprend toute la phase de création d’outillage et d’industrialisation. Lorsque les produits étaient fabriqués en Asie, le délai atteignait au moins six mois. Si l’on ajoute à cela l’interactivité des équipes de développement avec les fabricants – ils sont à une heure de voiture – et l’amélioration de la qualité, on comprend qu’Atol supporte sans broncher l’augmentation de coût « de 15 à 30 % » qu’implique la production en France.

Pour cette production, Atol s’appuie sur des sous-traitants, des PME de moins de 50 salariés, fortes de leur savoir-faire. Si beaucoup d’entreprises du Jura ont mis la clé sous la porte, il en est heureusement resté suffisamment pour reprendre le flambeau. Atol en prend soin : « nous sommes souvent amenés à financer tout ou partie de leur outillage » dit Cedric Veille.

Mieux, afin d’assure la compétitivité de ses sous-traitants, Atol réalise du transfert de technologie à leur usage : des machines d’impression numérique par exemple (dérivées de produits pour l’affichage), des systèmes de découpe laser (adaptés de machines pour la chirurgie) ou encore des presses d’injection sophistiquées.

Les lunettes d’entrée de gamme, en particulier les fameuses « secondes paires à 1 euro », sont toujours issues d’Asie. Celle-ci demeure imbattable sur les coûts. Mais, confie Cedric Veille, « depuis quelques mois nous étudions les solutions technologiques susceptibles de permettre un retour de la production en France. »

Atol a également rapatrié, dans ses propres locaux cette fois, le montage des lunettes. Là encore, qualité et réactivité sont au rendez-vous. L’entreprise a notamment investi 1,5 million d’euro dans un système automatisé de machines et de convoyeurs qui lui permet de découper avec une très grande précision les verres et de les adapter parfaitement aux montures. Le montage du verre dans la monture est alors réalisé manuellement, par une équipe de seize personnes. Elle assemble ainsi environ 130 000 paires par an. Le reste est effectué en magasin.

Le grand vent de « made in France » qui souffle sur Beaune n’a pas touché que la production. La logistique est en effet le cœur du métier d’Atol. Travaillant en flux tendu, Atol livre chaque jour l’intégralité des ses 770 opticiens. Basée à Dijon jusqu’en 2007 l’entreprise s’est installée à Beaune afin d’être plus proche de ses transporteurs. A cette occasion elle a brièvement songé à délocaliser son centre d’appel au Maroc. Elle a finalement décidé de le conserver et même d’augmenter son effectif. Explication : ce centre d’appel téléphonique ne traite certes qu’une partie des commandes quotidiennes des opticiens (environ 20 %) mais il joue un rôle important dans la qualité de service. D’où son développement à Beaune. Et si l’entreprise s’efforce de faire croître les prises de commandes informatisées, elle n’envisage pas de le faire au détriment du centre « dont les activités seront davantage orientées vers le conseil », confie Christelle Burgain, sa responsable.

 

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi

icon La désindustrialisation en France et en Europe
Relocalisation, souveraineté, réindustrialisation, résilience : ne confondons pas tout !
Relocalisation, souveraineté, réindustrialisation, résilience : ne confondons pas tout !
Les notions de souveraineté, réindustrialisation, résilience, relocalisation recouvrent des sens assez différents. Une publication récente de La Fabrique de l’industrie précise utilement ce qu’elles signifient, dans une perspective historique.
Voir ce poste
icon La désindustrialisation en France et en Europe
Localiser l’industrie plutôt que la relocaliser ?
Localiser l’industrie plutôt que la relocaliser ?
1 milliard d’euros sont destinés à subventionner les projets de relocalisation, selon le plan de relance annoncé le 3 septembre. N’allons pas croire qu’ils suffiront à rétablir notre « souveraineté...
Voir ce poste
icon Emploi et compétences
Industrie 4.0 : cette transformation technologique qui est aussi culturelle
Industrie 4.0 : cette transformation technologique qui est aussi culturelle
Bâtir l’industrie du futur ne doit jamais être pensé comme un simple défi technique mais comme une transformation profonde des méthodes de travail au sein de chaque entreprise.
Voir ce poste
icon Compétitivité
L’investissement privé : un levier capital face à la crise
L’investissement privé : un levier capital face à la crise
Les chefs d’entreprise sont en train de revoir à la baisse leurs projets d’investissement, pourtant indispensables à la transition numérique et énergétique et à la reprise. Ces reports risquent de...
Voir ce poste

Pour suivre nos actualités, abonnez-vous à la newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter