Humanoïdes dans l’industrie : une question de sécurité reste à résoudre
Les robots humanoïdes suscitent un intérêt croissant dans l’industrie, mais leur déploiement à grande échelle dépend encore de la capacité des fabricants à éliminer les risques liés à la stabilité et à la fiabilité de ces machines.
En juin dernier, NVIDIA a présenté « Halos for Robotics », premier système de sécurité full-stack dédié à l’IA physique. Cette solution matérielle et logicielle, déclinaison du système développé par l’entreprise pour les véhicules autonomes, vise à éviter tout danger de la part des robots humanoïdes à mesure que ces derniers gagnent en autonomie. Elle couvre les capacités de calcul, les capteurs et les logiciels, et s’accompagne d’un nouveau laboratoire d’inspection destiné à aider ses partenaires à se préparer à la certification par un organisme tiers. Acteur de premier plan, Agility Robotics l’a déjà intégré à son humanoïde Digit.
C’est une bonne nouvelle.. En effet, la sécurité a longtemps été le parent pauvre de la robotique. Elle intéresse les ingénieurs et les comités de normalisation, mais pas ceux qui réalisent les vidéos de robots qui dansent ou courent des semi-marathons. Par conséquent, lorsque l’une des entreprises les plus influentes du secteur informatique s’engage en faveur de la sécurité des robots et qu’un fabricant de robots humanoïdes de premier plan soumet son système à un examen indépendant, c’est l’ensemble du secteur qui en bénéficie.
Seulement, investir dans la sécurité, c’est investir dans la confiance, qui s’avère essentielle pour que les entreprises puissent continuer à tirer profit de l’automatisation. Encore faut-il comprendre ce que cette étape majeure permet de résoudre, et ce qu’elle ne règle pas encore.
Au-delà de la perception : le défi de la stabilité
Le débat autour des humanoïdes se concentre souvent sur la perception : un robot peut-il détecter un humain, anticiper son déplacement et éviter une collision ? Cette question est bien sûr pertinente, mais elle suppose que le robot conserve à tout moment la maîtrise de ses mouvements. Or, cette hypothèse devient fragile dès qu’un composant essentiel tombe en panne.
C’est ici que les humanoïdes posent une difficulté particulière, car un robot à deux jambes doit gérer son équilibre en permanence pour rester debout, grâce à des moteurs et à des capteurs. Imaginons que l’un de ces composants ou la batterie tombe en panne. L’humanoïde risque alors de chuter ou de poursuivre un mouvement qu’il ne maîtrise plus. Est-ce bien envisageable dans un environnement industriel, avec des opérateurs à proximité ?
Un cadre normatif encore incomplet face aux humanoïdes
L’ISO 10218-1, norme relative aux bras robotisés industriels, repose sur le principe fondamental qu’aucune panne d’un composant isolé ne doit pouvoir créer une situation dangereuse. Appliquée aux humanoïdes, cette exigence s’avère extrêmement ambitieuse. Et pour cause, il faudrait une fiabilité absolue de tous les composants contribuant à l’équilibre du robot afin de garantir une sécurité totale. De plus, la norme ne couvre pas les risques liés à la mobilité propre aux humanoïdes. Quant à l’ISO/CD 25785-1, première dédiée aux robots mobiles dynamiquement stables, elle n’en est encore qu’au stade de projet.
Les humanoïdes peuvent bel et bien avoir un avenir professionnel, mais leur adoption dépendra de la robustesse de leur dossier de sécurité.
La sécurité comme critère décisif d’adoption
L’initiative de NVIDIA mérite d’être saluée, car elle pourrait ouvrir une nouvelle ère, plus rigoureuse et mieux dotée en matière de sécurité robotique. Plus le secteur fera preuve de rigueur, mieux ce sera pour tous les fabricants de machines destinées à cohabiter avec les humains.
Mais quiconque évalue un humanoïde en vue d’une utilisation professionnelle devrait adopter les bons réflexes. Avant de se demander si le robot est capable de reconnaître un opérateur, il convient d’évaluer ce qu’il fait lorsqu’un actionneur, un capteur ou une batterie tombe en panne en cours de tâche. Il faut aussi étudier les données relatives à la stabilité et à la fiabilité. Enfin, il convient de vérifier selon quelles normes le système est certifié et quels aspects de son fonctionnement sont réellement couverts.
L’industrie dispose déjà de solutions conçues autour de tâches précises et encadrées par des normes strictes. Leur usage rappelle qu’en robotique industrielle, la forme la plus impressionnante compte moins que l’adéquation entre l’architecture, la sécurité et la tâche à accomplir. La meilleure machine est celle dont la sécurité, la fiabilité et l’usage ont été pensés ensemble dès le départ.