L’économie circulaire : pour l’industrie, c’est maintenant ou jamais !

La mise en œuvre d’une politique de réduction des émissions de CO2 est un facteur de performance pour les entreprises. Elle génère des opportunités à tous les niveaux de la chaîne de valeur, et augmente la capacité à innover.

Par Anne-Laure Boursier et Franck GUENEAU
Le 04/05/2020

Système de quotas CO2 pour les industriels émetteurs, pénalités libératoires pour les fournisseurs d’énergie, taxe carbone, augmentation prévisible du prix des énergies fossiles, nouvelles attentes des parties prenantes, intégration de critères de développement durable dans les appels d’offres poussent les entreprises à tenir une comptabilité carbone et à identifier des pistes de réductions.
Au-delà des contraintes, la mise en œuvre d’une politique de réduction des émissions de CO2 est un facteur de performance pour les entreprises : elle génère des opportunités à tous les niveaux de la chaîne de valeur, et augmente la capacité à innover.
Le modèle de notre économie actuelle est celui d’une économie linéaire : extraction, production d’un bien, utilisation puis fin de vie et production de déchets. Dans ce modèle linéaire, les déchets produits sont destinés à l’enfouissement ou à l’incinération, au mieux avec récupération de chaleur. Ce modèle génère du gaspillage et ce qu’on appelle des externalités négatives.
L’économie circulaire est un modèle alternatif, qui propose une vision systémique d’un territoire et de ses enjeux économiques, environnementaux et sociaux, et qui se fixe pour objectif de produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation de matières premières, d’énergies non renouvelables, de déchets et donc les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Prenons le cas des déchets. Dans l’économie circulaire, les déchets sont considérés comme des ressources locales, porteuses d’une valeur et destinées à être réintégrées à des processus du territoire. La nature intrinsèque d’un objet ou d’une matière n’est pas modifiée par le passage au statut de déchet : la matière conserve des propriétés qui peuvent être intéressantes, l’objet peut même être encore fonctionnel. Une fois retravaillés et préparés, ces déchets peuvent devenir des éco-matériaux et se substituer à des matériaux d’origine extractive. L’incinération et l’enfouissement sont donc des procédés qui détruisent de la valeur, alors que celle-ci peut être extraite au maximum du potentiel de la matière, en cherchant à mettre en œuvre les propriétés les plus intéressantes de la matière récupérée.

Les bénéfices à attendre de l’économie circulaire sur les émissions de gaz à effet de serre

La mise en place de boucles d’économie circulaire implique un transport de matières sur des distances restreintes. L’effet est en général une baisse des émissions de gaz à effet de serre par diminution du nombre de km parcourus par tonne de matière.

L’optimisation des besoins en matériaux et en énergie réduit mécaniquement les émissions générées. D’autres mécanismes font de l’économie circulaire un modèle vertueux qui réduit les émissions de GES, comme le fait que la fabrication de produits à partir de matériaux recyclés nécessite moins d’énergie que leur fabrication à partir de nouvelles matières premières vierges.

La fondation Ellen MacArthur a estimé que pour l’Europe, un modèle de développement circulaire permettrait de diviser par deux les émissions de CO2 d’ici 2030, par rapport aux niveaux actuels (contre 31 % selon le modèle de développement actuel). Le modèle prévoit la réduction de 48 % des émissions de CO2 d’ici 2030 dans les secteurs de la mobilité, des systèmes alimentaires et de l’environnement bâti, ou de 83 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 2015. Selon un rapport de la Federec¹en 2014, les filières de recyclage ont permis d’éviter environ 22,5 Mt CO2-eq et 123 500 GWh d’énergie primaire. Cela représente 4.9 % des émissions totales du territoire français qui s’élèvent à 461 Mt CO2-eq. en 2014 (source MEDDE) et 10.3 % de la consommation d’énergie primaire pour la production d’électricité en France en 2014.

Des bénéfices qui vont au-delà des GES

Les entreprises réduisent les coûts de leurs intrants et créent de nouvelles sources de profits. Actuellement, les matières et les composants représentent 40 à 60 % du coût de base des entreprises manufacturières européennes. Les matières premières sont issues du recyclage ou du réemploi au lieu d’être des ressources vierges issues d’un stock fini et épuisable. Du fait de cet épuisement des stocks, les prix des matières premières ont augmenté de près de 6 % par an en termes réels depuis 2000, et sont devenus très volatils. En comparaison, le coût d’approvisionnement en matière recyclée est moins fortement soumis aux variations des cours.

La mise en œuvre de l’économie circulaire permet des approvisionnements plus sécurisés : L’Europe importe 60 % de ses combustibles fossiles et de ses ressources en métaux, et l’UE a dressé une liste de 20 matières considérées comme critiques du point de vue de la sécurité des approvisionnements. La menace que constituent les catastrophes naturelles ou les déséquilibres géopolitiques sur les chaînes d’approvisionnement est également réduite puisque les fournisseurs décentralisés et “relocalisés” offrent des sources d’approvisionnement alternatives et moins volatiles. La crise sanitaire que nous traversons met malheureusement en évidence la vulnérabilité de certaines chaînes d’approvisionnement.

En outre, les entreprises peuvent créer de nouvelles sources de profits par la revente ou la réutilisation de leurs déchets. Le coût de gestion des déchets et leur taxation sont en forte augmentation. Toute activité permettant leur réduction permettra d’alléger ces coûts.

L’économie circulaire suscite aussi une demande plus importante pour les activités de services. Dans les démarches de recyclage, il peut être nécessaire de démonter du matériel puis de trier les différents éléments récupérés avant de les traiter. Les activités de services deviennent prépondérantes lorsqu’on met en place l’économie de la fonctionnalité, dans laquelle l’entreprise ne cherche plus à acheter ou vendre un bien mais le service associé. La contractualisation repose alors sur les effets utiles (bénéfices) et l’offre s’adapte aux besoins réels des personnes, des entreprises et des collectivités. Par exemple l’entreprise Michelin ne vend plus de pneus (le bien) mais vend des km parcourus (l’effet utile). Dans le cas de la vente de pneus, Michelin a intérêt à vendre le plus de pneus possible : la matière première consommée augmente avec le chiffre d’affaires. Dans le cas de la vente de service Michelin a intérêt à vendre une quantité de matière optimisée pour le meilleur bénéfice possible (la plus grande distance parcourue). Michelin vend donc des services à valeur ajoutée liés à l’entretien du véhicule visant l’optimisation du délai qui s’écoule entre deux changements de pneus.

De nouvelles activités de services pourraient être imaginées telles que :

  • La collecte, le désassemblage et la rénovation des produits, l’intégration dans le processus de re-fabrication et la redistribution aux utilisateurs,
  • La fabrication des pièces détachées et composants,
  • La collecte spécialisée dans la logistique inverse et la re-commercialisation des produits.

Les entreprises qui proposent ce type de services sont souvent des filiales de fabricants, ce qui aboutit à de nouvelles opportunités en matière de modèle économique. Les solutions circulaires offrent de nouveaux moyens de fidéliser les clients. Les modèles économiques basés sur la location permettent d’établir une relation commerciale à plus long terme avec les clients, puisque le nombre de contacts avec eux augmente au cours de la durée de vie du produit. Ces modèles économiques offrent la possibilité d’acquérir des connaissances sur les modes d’utilisation qui pourront permettre d’améliorer les produits et services.

Exemple de réalisation industrielle

L’écoconception consiste à intégrer les opportunités industrielles de minimisation des impacts environnementaux dès la phase de conception des produits. Elle prend en compte toutes les étapes du cycle de vie des produits. Persuadé que l’écoconception est facteur de performance, un distributeur dans le domaine du sport s’est engagé dans l’économie circulaire avec la société Neo-Eco, spécialiste de la mise en place de boucles d’économie circulaire, à travers la conception d’haltères en matières recyclées. Durables et différenciantes, ces pièces doivent répondre aux critères de forme, de résistance mécanique et d’aspect, ainsi qu’aux exigences réglementaires en matière environnementale.

L’étude de Neo-Eco a permis d’identifier deux matières de seconde vie pour la formulation du produit, le polyéthylène basse densité et l’oxyde de fer. Neo-Eco s’est aussi chargé d’identifier l’approvisionneur et a piloté l’établissement d’une convention d’approvisionnement afin de sécuriser un approvisionnement régulier et de qualité.

Quel est l’impact carbone du passage aux matières recyclées ? Selon Federec, le recyclage d’une tonne de ferrailles permet d’éviter l’équivalent de 57 % des émissions de CO2 nécessaires à la production d’une tonne d’acier primaire. Ce pourcentage monte à 89 % pour le recyclage du PE (polyéthylène). À cela s’ajoute le fait que la production, qui se faisait en Chine avec des matières vierges, se trouve relocalisée en France avec les matières recyclées. Or, l’Organisation Maritime Internationale (OMI) estime que les émissions de GES provenant du transport maritime en 2012 étaient égales à 2,2 % des émissions mondiales dues à l’activité humaine, et s’attend à ce qu’elles augmentent de 50 à 250 % d’ici 2050 si aucune mesure n’est prise.

L’Ademe met à disposition un document permettant de calculer le coût carbone du transport maritime. On peut considérer qu’un cargo émet 15 à 20g de CO2 /km pour une tonne transportée. Un camion émet quant à lui environ 100g de CO2 /km/t. Pour aller à Shanghai, port situé à 20 000 km de la France, les émissions sont de 300 kg à 400 kg de CO2/t de matière transportée. En comparaison, on peut prendre l’hypothèse que la matière à recycler sera transportée sur environ 100 km. Les émissions liées au transport routier seront de 10 kg de CO2 /t transportée, soit 40 fois moins. L’impact carbone du remplacement des matériaux par des matériaux recyclés est donc particulièrement significatif dans le cas étudié.

Par qui être accompagné ?

La mise au point d’une boucle d’économie circulaire requiert une approche créative et innovante, qui s’appuie sur des expertises, notamment en ingénierie des matériaux, en logistique, et en design et éco conception mais aussi en modèles d’affaire. L’innovation au cœur de cette approche fait donc appel à des entreprises spécialisées, comme Neo-Eco.

Néo-Eco propose des solutions en ingénierie industrielle du recyclage des déchets et accompagne opérationnellement les entreprises à la création de boucles d’économie circulaire locales : process pour améliorer le recyclage, mise en place de filières pour trouver des débouchés aux ressources et accompagnement en équipement industriel des acteurs si nécessaire.
Neo-Eco travaille en partenariat avec des universités françaises et des industriels. Des investissements historiquement importants en Recherche et Développement dans les caractérisations, suivis environnementaux et science des matériaux, permettent à Neo-Eco d’être aujourd’hui à la pointe de la valorisation des matières usagées et d’accompagner de nombreux industriels dans leurs problématiques.

Conclusion

En cette période de crise écologique majeure, doublée d’une crise sanitaire, les bénéfices de l’économie circulaire ne sont plus à démontrer : amélioration de l’impact carbone, notamment grâce à une logistique de proximité, diminution de la consommation de matières vierges, qui induit une meilleure maîtrise du coût des matériaux et une sécurisation des approvisionnements, création de nouveaux emplois locaux qualifiés, ou encore anticipation des nouvelles réglementations et garantie d’une indépendance face à la variation des prix d’élimination des déchets.

L’économie circulaire crée de la valeur en permettant aux entreprises de mieux maîtriser le cycle de vie des produits et l’impact de leurs activités sur l’environnement mais aussi en les incitant à créer des services innovants.

En outre, bien communiquée, une démarche d’économie circulaire améliore l’image de la société vis-à-vis de ses parties prenantes et est facteur de mobilisation de ses collaborateurs, de plus en plus sensibilisés aux enjeux environnementaux. Les entreprises ont donc tout à gagner en passant à l‘économie circulaire.

 

Article écrit en collaboration par : Anne-Laure Boursier et Franck Guéneau

Contact : contact@neo-eco.fr

 

 

1 – Source : https://federec.com/FEDEREC/documents/EvaluationenvironnementaleduRecyclageenFranceMai2017123.pdf

 

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