Allégements des charges sociales : comprendre le débat en cours

Faut-il alléger les charges pesant sur les salaires pour améliorer la croissance et l’emploi ? Et, dans l’affirmative, est-il préférable de privilégier les bas salaires pour faciliter l’accès à l’emploi des moins qualifiés, ou au contraire de cibler les salaires plus élevés, caractéristiques de l’industrie et des services à valeur ajoutée, pour rendre la France plus compétitive ? Une synthèse pour comprendre les termes du débat.

Par Vincent Charlet et Thierry Weil
Le 15/02/2018

Le débat sur les allégements de charges oppose principalement, d’un côté, ceux qui veulent diminuer le coût des bas salaires afin de réduire rapidement le chômage peu qualifié et, de l’autre côté, ceux qui veulent diminuer celui des salaires intermédiaires afin d’améliorer les marges et la compétitivité des secteurs ouverts aux échanges mondiaux, locomotives de la croissance économique et clés de nos emplois futurs.

Toutefois, ce débat est tellement ancien (il remonte aux années 1930) que l’on sait aujourd’hui qu’aucune de ces deux voies ne débouche à coup sûr. Par exemple, si les entreprises n’ont pas confiance en une demande pérenne et rentable pour leurs produits, si les salariés sont trop peu mobiles, si les actifs qualifiés sont trop rares ou qu’ils parviennent à négocier des augmentations supérieures aux gains de productivité, ou encore si les actionnaires augmentent substantiellement leurs dividendes, les baisses de charges, quelles que soient leur cible, n’améliorent véritablement ni la compétitivité ni l’emploi. Or, même pour des mesures passées, nombreuses en France, on manque aujourd’hui de résultats clairs sur ces questions. Par exemple, quoi qu’affirment avec force plusieurs économistes renommés, une grande incertitude prévaut toujours sur l’efficacité de nouveaux allégements sur les bas salaires destinés à créer rapidement des emplois peu qualifiés.

Il faut également rappeler que les baisses de charges doivent être financées, par exemple par une « TVA sociale » ou une hausse de la CSG, et que les effets de ces nouvelles taxes annulent en partie les bénéfices des allégements. Ces derniers ne constitueront donc jamais un remède miracle mais resteront toujours un outil au service d’une stratégie de croissance, plus complète et cohérente.
Ce qui est manifeste en revanche, c’est que le niveau de taxation du travail est aujourd’hui sous-optimal en France, pesant lourdement sur les salaires intermédiaires, au détriment de la compétitivité́ des entreprises exposées à la concurrence internationale. La restauration de la compétitivité́ française peut également être stimulée par d’autres moyens, par exemple, en encourageant l’investissement ou l’innovation.

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