L’industrie du futur, ou la nécessaire montée en gamme de nos entreprises

Tout le monde adhère aujourd’hui à l’idée que notre industrie doit monter en gamme. À cette fin, quatre défis au moins sont à relever.

Par Vincent Charlet
Le 29/06/2017

Tout le monde adhère aujourd’hui à l’idée que notre industrie doit monter en gamme. À cette fin, quatre défis au moins sont à relever.

Enrichir et améliorer l’offre de solutions industrielles

La mobilisation autour de l’industrie du futur vise à faire monter en gamme l’industrie française, afin qu’elle s’affranchisse au moins partiellement d’une concurrence féroce sur les prix. Cela suppose bien sûr d’investir dans de nouveaux modes de production pour renouveler le parc industriel, tendre vers une production toujours plus flexible et toujours plus fiable. C’est en général à cela qu’on pense en premier parce que les Allemands ont mis un accent particulier sur les biens d’équipement lorsqu’ils ont lancé Industrie 4.0.

Cela demande aussi, de la part des entreprises, d’innover pour offrir des produits nouveaux, plus performants. L’industrie du futur n’est donc pas une lubie récente mais au contraire le prolongement naturel d’efforts antérieurs pour encourager l’innovation industrielle (PIA, pôles de compétitivité, CIR…).

Cela suppose enfin que les entreprises réfléchissent à de nouveaux modèles d’affaires et, à tout le moins, aux moyens d’accompagner leurs produits de services performants. Parfois, c’est l’inverse : ce sont des concepteurs de services qui s’appuient sur des produits (le smartphone, par exemple) pour toucher une plus large clientèle. C’est pour cela que l’industrie du futur n’est pas purement manufacturière : elle intègre naturellement en son sein un vaste pan d’activités de services.

Améliorer l’efficacité de l’investissement

La mobilisation autour de l’industrie du futur réclame donc un effort soutenu d’investissement de la part des entreprises. La croissance et les emplois de demain en dépendent.

L’investissement industriel était jusque récemment pénalisé par l’érosion des marges des entreprises, et on peut se réjouir d’être en train de sortir de cette période sombre. Grâce au CICE, à des facteurs exogènes et à des mesures comme le sur-amortissement, les entreprises sont aujourd’hui dans des dispositions favorables pour investir.

Il nous reste cependant un problème à régler : c’est celui de l’efficacité de l’investissement. Aujourd’hui, l’investissement industriel est dynamique en France mais la croissance de la productivité reste un peu décevante. Les économistes ne savent pas dire exactement pourquoi1 .

Nous avons des raisons de penser que l’investissement est trop concentré dans une poignée d’entreprises, sans doute aussi dans certains secteurs et peut-être encore dans certains territoires. Un grand nombre de PME investissent encore de façon insuffisante, notamment dans le numérique. Nous aurions alors un écosystème français déséquilibré et peu efficace : la performance industrielle d’une filière dépend en effet de celle de l’ensemble des maillons qui la composent et non seulement de celle des grands donneurs d’ordres.

Investir aussi dans le capital humain

C’est une réalité attestée depuis longtemps, aussi bien dans les travaux théoriques d’économie que dans le quotidien des entreprises : rien ne sert d’investir dans la performance technique ou industrielle du parc productif (machines, logiciels…) si l’on n’investit pas dans le même temps dans la montée en qualification du personnel.

Il ne s’agit pas ici d’évacuer sans oser l’aborder le débat de l’impact du numérique sur l’emploi 2. Mais cela n’épuise pas le sujet, loin s’en faut.

L’insuffisante adaptation de la formation professionnelle, qu’elle soit initiale ou continue, aux exigences posées par les nouvelles technologies est un problème plus urgent que celui des destructions d’emplois qu’on ne sait toujours pas bien prévoir. Précisément parce que les effets du progrès technique sont d’autant plus bénéfiques sur l’emploi que le personnel est bien formé.

C’est pour cela que préparer l’industrie du futur, c’est aussi réformer la formation professionnelle – et notamment l’apprentissage – et inciter les entreprises comme les branches professionnelles à se soucier de la montée en compétences des salariés.

Participer à la cohésion des territoires

Comme La Fabrique de l’industrie l’a bien montré dans une Note récente3 l’évolution des activités industrielles, à la fois sous l’effet de la concurrence internationale et du progrès technique, met les territoires en tension.

Certains, tels que les métropoles et les façades maritimes, ont la chance d’accueillir de nouveaux emplois compétitifs, qui à leur tour créent d’autres emplois, par effet d’entraînement. D’autres, notamment dans le grand quart Nord-Est mais aussi dans d’autres régions peu denses, voient se produire l’effet inverse : la diminution d’emplois industriels s’accompagne, toujours par effet d’entraînement, d’une diminution corrélative d’autres emplois, laissant quelques zones réellement sinistrées.

Nous savons que ces tensions finissent par entretenir une instabilité politique qui peut être dangereuse ; et nous savons que ce problème n’est pas uniquement un problème français (voir les cas de l’élection de Trump et le Brexit).

Travailler à l’avènement de l’industrie du futur, c’est aussi travailler au retour de tous les territoires dans une « mondialisation heureuse ». Cela n’a rien d’une préoccupation annexe : c’est bien notre avenir économique à tous qui dépend du maintien de cette cohésion.


1  Bidet-Mayer T. 2017 « L’énigme de l’investissement » Synthèse de La Fabrique, n°11, mai.

2 Bourdu  E., Weil T., 2017 « Numérique et emploi : quel bilan ? » Synthèse de La Fabrique, n°12, mars.

3 Frocrain P., Giraud P-N.,  2016,  « Dynamique des emplois exposés et abrités en France » Note de La Fabrique, décembre.

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