Croire en « l’industrie du futur » et au futur de l’industrie

Avec des gains de productivité inédits et sous-estimés par les entreprises, l’industrie est à l’aube de mutations intitulées « l’industrie du futur », en fait d’ores et déjà en cours. Les entreprises affichent un engagement et une volonté d’améliorer l’efficacité et la flexibilité de leurs processus. Toutefois, la mise en action dans les faits est mitigée car le concept est encore en voie d’appropriation.

Par Alain Galloni et Olivier Lluansi
Le 17/01/2017

Conscients des potentialités offertes par la digitalisation de l’économie et l’accélération du rythme de l’innovation, les États ont déjà commencé à poser les jalons d’une nouvelle industrie.
L’Italie a été pionnière avec le programme « Fabrica del futuro » en 2006 mais 2011 restera sans doute une date marquante avec le programme emblématique allemand « Industrie 4.0 ».
À la suite de ces décisions, de nombreux pays ont lancé leurs programmes gouvernementaux, en Europe et dans le reste du monde.

Révolutionner l’organisation ?

En France, l’industrie manufacturière ne représente certes plus que 10 % du PIB, mais elle contribue à 82 % aux dépenses privées de R&D, à 75 % à celles des brevets et constitue 74 % des exportations du pays. Sans industrie, il ne peut pas y avoir d’innovation ni de croissance.

Selon une enquête réalisée par OpinionWay pour EY en octobre 2016 auprès de 127 dirigeants d’entreprises industrielles, 78 % des dirigeants industriels français affirment que c’est un sujet dont ils parlent dans leur entreprise, contre 79 % en Allemagne, ce qui témoigne d’un fort engagement. Qu’attendent-ils de « l’industrie du futur » ?
La première attente invoquée est la mise en place d’une organisation plus efficace. En Allemagne, l’attente est similaire : flexibilité et réactivité de l’outil de production. L’idée selon laquelle « l’industrie du futur » n’est pas une technologie « miracle », mais bien l’imbrication d’approches et de techniques nouvelles au service d’une meilleure organisation, est désormais largement adoptée.

Une mise en action mitigée : quels freins ?

Un maître mot : mettre en œuvre. Pourtant, à peine un peu plus d’un tiers des entreprises a engagé une feuille de route, soit deux fois moins qu’en Allemagne.
Les freins avancés par les dirigeants allemands sont de l’ordre de la faisabilité, liés principalement aux coûts d’investissement ainsi qu’au manque de compétences. En France toutefois, les freins relèvent plutôt de la perception : le sujet n’aurait en effet par encore atteint la maturité nécessaire à son intégration dans l’entreprise. Une perception parfois erronée quand on considère l’écart entre les espérances de réduction des coûts de production envisagée par les dirigeants français – inférieure à 5 %, alors que les réductions réalisées par les projets-pilotes en cours dans le cadre d’un retour sur investissement de 2 à 3 ans sont de 10 à 15 %.

Quelles perspectives ?

Derrière une sous-estimation des gains réalisés par l’industrie du futur, se cache un manque d’appropriation de ce sujet encore insuffisamment familier aux yeux des entreprises françaises. En témoignent les recherches par mots-clefs qui identifient actuellement deux fois plus d’occurrences en Allemagne qu’en France. Une meilleure communication autour de ce sujet devrait accroitre la confiance dans l’Industrie du Futur et la sécurisation du passage à sa mise en œuvre. En fonction de la situation de l’entreprise et des priorités des dirigeants, il est, selon nous, possible d’aborder ce sujet complexe de transformation par le biais de trois approches « pragmatiques » : une réflexion stratégique sur la transformation; un diagnostic de maturité industrielle et la mise en place d’une feuille de route, ou par une transformation à partir de l’expérience client.

 

 

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