Le Bio, une opportunité déjà manquée pour l’industrie agroalimentaire française ?

À l’occasion des états généraux de l’alimentation, le gouvernement a choisi de miser sur l’agriculture biologique pour donner un second souffle à la filière alimentaire française. Cependant, en appliquant les mêmes recettes que par le passé, les résultats risquent fort de ne pas être au rendez-vous.

Par Adrien Manchon et Ambroise Marigot
Le 05/06/2018

En France, politique alimentaire est souvent synonyme exclusivement de politique agricole voire de soutien aux agriculteurs. Notre système agricole a hélas connu de nombreuses crises depuis la disparition des quotas et a beaucoup attiré l’attention politique et médiatique.

Néanmoins, un maillon essentiel de la chaîne de valeur est souvent oublié : les industries agroalimentaires. Premier secteur des industries manufacturières françaises en terme de chiffre d’affaires et d’emploi, les activités de transformation alimentaire (à l’exclusion de la production de boissons) sont aujourd’hui en crise. Preuve de ce lent déclin : la balance commerciale agroalimentaire française, positive aux débuts des années 2000, n’a cessé de chuter pour atteindre 4 milliards d’euros de déficit en 2016.

Pourtant, la France possède des atouts évidents dans ce secteur, à commencer par la qualité et la diversité de ses matières premières qu’elle parvient à exporter dans le monde entier, et l’excellence internationalement reconnue de ses standards et contrôles sanitaires. Les politiques menées par nos proches voisins européens nous montrent qu’il est possible de miser sur ses atouts dans la compétition internationale actuelle : par des leviers de compétitivité-coût en Allemagne, le développement d’une image de marque forte comme le “Made in Italia” ou le soutien à l’intégration et à l’export pour certaines filières en Espagne.

Le développement de la filière Bio en France pourrait être le renouveau de la stratégie alimentaire française. Le marché européen est en pleine croissance, unifié par la réglementation européenne, et l’occasion est parfaite pour prendre la tête de ce nouveau marché de produits haut de gamme.

Malheureusement, c’est tout l’opposé qui est actuellement à l’oeuvre. La France accuse un retard – qu’elle tente de corriger – dans la conversion de sa surface agricole à l’agriculture biologique, mais surtout le peu de données disponibles montre que les produits consommés sont de plus en plus importés, notamment en ce qui concerne les produits transformés. Plus de la moitié des produits d’épicerie Bio, que l’on trouve en grande distribution ou distribution spécialisée, ne sont pas français.

Le développement actuel de ce marché apporte de nombreux défis pour les industriels. D’un côté, les transformateurs historiques de produits Bio doivent croître plus rapidement et investir dans leurs outils de production, ce qui implique souvent d’accepter d’ouvrir leurs fonds propres aux investisseurs extérieurs. De l’autre, les industriels conventionnels doivent innover et adapter leurs lignes actuelles de production aux contraintes de ces nouveaux marchés.

Les propositions que nous formulons dans ce mémoire ont pour objectif de ne pas reproduire les erreurs du passé. Une nouvelle stratégie agroalimentaire peut émerger de  cette ambition française mais elle passe selon nous par trois points forts :

  • Des objectifs précis, inscrits dans le nouveau plan ambition Bio, et surtout un suivi chiffré du développement de la transformation biologique française au sein de l’agence BIO ;
  • Le soutien aux investissements réalisés par les industriels ;
  • Réorienter les actions du Fonds Avenir Bio pour soutenir les PME et les ETI avec leur croissance comme objectif.

 

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