L’investissement privé : un levier capital face à la crise

Les chefs d’entreprise sont en train de revoir à la baisse leurs projets d’investissement, pourtant indispensables à la transition numérique et énergétique et à la reprise. Ces reports risquent de creuser un peu plus l’écart de compétitivité entre l’industrie française et ses concurrentes.

Par Caroline Mini
Le 10/07/2020

L’investissement privé, un levier capital de la reprise industrielle

En avril, la production industrielle a chuté d’un tiers par rapport à son niveau d’avant-crise, une baisse historique qui a marqué durablement l’activité économique de notre pays.

La reprise se confirme au fur et à mesure du reflux de l’épidémie mais pour certains secteurs, plus touchés que d’autres comme les industries automobile et aéronautique, il paraît pour l’instant compliqué de prédire quand aura lieu le retour à la normale.

Une étude récente du cabinet PwC pour l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) estime même que la part des entreprises ayant un excédent brut d’exploitation négatif, c’est-à-dire dont le chiffre d’affaires n’a pas suffi à couvrir les charges liées à sa réalisation, pourrait doubler en 2021.

Cette situation entraîne le report voire l’annulation de nombreux projets d’investissement, qui sont pourtant des leviers nécessaires à l’activité de demain.

L’industrie française doit au contraire pouvoir préparer son avenir.

Un effort plus limité qu’il n’y paraît

Selon les comptes nationaux, les industriels français investissent plus que leurs partenaires européens, cet écart en faveur de la France étant particulièrement élevé dans les logiciels et bases de données : le secteur manufacturier français investirait 6,3 % de sa valeur ajoutée dans les logiciels et bases de données contre 1 % en Allemagne en 2017.

Analyse de l’investissement de l’industrie française. La Fabrique de l’industrie, données EU KLEMS
Analyse de l’investissement de l’industrie française. La Fabrique de l’industrie, données EU KLEMS

De quoi préparer sa compétitivité de demain et prendre une revanche sur des décennies douloureuses ? En apparence seulement…

Ce surplus d’investissement en logiciels est en réalité moins important. En effet, comme le révèle notre dernière note réalisée en partenariat avec l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cet écart est dû en grande partie à un traitement comptable différent des dépenses en logiciels dans la comptabilité nationale française.

Elles y sont plus souvent immobilisées, c’est-à-dire inscrites comme étant utilisées de façon durable dans le processus de fabrication, alors qu’elles sont plus souvent identifiées comme des consommations intermédiaires dans les autres pays.

Si on met de côté cette différence de pratiques, les dépenses en logiciels et services informatiques des industriels français seraient à peine plus élevées que celles de leurs voisins, soit un surplus de l’ordre de 2 milliards d’euros par an.


Comprendre l’investissement des entreprises françaises.

Comment les industriels français se préparent-ils donc à la transition numérique et écologique ? L’analyse de l’investissement au niveau micro des entreprises permet d’en savoir plus.

Investir pour accélérer la transition écologique

L’investissement immatériel (logiciels, bases de données, recherche et développement) est, en France comme ailleurs, concentré au sein des grandes entreprises et dans quelques secteurs.

Selon nos estimations, seulement 15 % des entreprises manufacturières ont un investissement immatériel non nul chaque année et près de 40 % de cet investissement est réalisé par les grandes entreprises.

Cela traduit un moindre investissement de la part des entreprises de plus petite taille, qui ont pourtant un rôle essentiel à jouer dans l’offre de solutions innovantes pour répondre aux enjeux de demain, et notamment dans le domaine de la transition bas carbone.

Ajoutons que le secteur manufacturier français souffre depuis plusieurs années d’un sous-investissement dans les machines et équipements : en effet, le taux d’investissement en machines et équipements était de 7,6 % en France en 2017, contre 8,4 % en Allemagne, selon nos calculs réalisés à partir des données 2019 du projet de recherche EU KLEMS.

Or, l’acquisition de nouvelles machines plus performantes, émettant moins de dioxyde de carbone (CO2) par unité produite, est un moyen pour les industriels de réduire leur empreinte carbone.

Pour accélérer la transition écologique, des investissements importants doivent être réalisés en ce moment précis où les industriels manquent de marges et doivent gérer l’impact de la crise sur leur trésorerie. Le soutien à l’investissement – autant dans les actifs matériels que dans la numérisation de l’appareil productif – pourrait ainsi faire l’objet des mesures de relance à venir.The Conversation

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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