Qualité de vie au travail et compétitivité industrielle

Des diagnostics récents ont été posés sur la compétitivité de l’industrie française avec des préconisations concernant les leviers à activer. Le coût des intrants ou encore l’innovation, la formation professionnelle sont régulièrement évoqués. D’autres le sont beaucoup moins, c’est le cas de la qualité de vie au travail.

L’ARACT Ile-de-France, Terra Nova et La Fabrique de l’industrie s’associent pour étudier le lien entre qualité de vie au travail et performances économiques.

Par Emilie Bourdu
Le 20/10/2016

La qualité de vie au travail est un levier de compétitivité sous-estimé par les chefs d’entreprise. C’est pourquoi La Fabrique de l’industrie, Terra Nova et l’Aract Ile-de-France ont fait paraître une synthèse « Vers des organisations responsabilisantes » (juin 2016) suivie d’une étude « La qualité de vie au travail : un levier de compétitivité » (octobre 2016).

De nombreuses équipes de direction sont à la recherche de preuves « mathématiques » avant de se lancer dans des démarches visant l’amélioration du travail et des conditions de travail. Pour cette raison, un partenariat en cours entre l’université Paris-Saclay et La Fabrique[1] porte sur le traitement simultané de données ayant trait à la QVT et la performance économique.

À ce jour, l’équipe de recherche s’est concentrée sur les résultats de l’enquête conditions de travail 2013 de la DARES. Une document paraîtra à l’automne 2017.

Ils observent que les questions et les réponses de l’enquête conditions de travail peuvent être réparties en deux catégories : la première est objective, par exemple l’enquêteur demande à l’enquêté « quel est votre salaire ? », la seconde est subjective, dans ce cas il est demandé « êtes-vous bien payé ? ».

À l’intérieur de chacune de ces catégories, des groupes de population aux caractéristiques homogènes en termes de conditions de travail se distinguent.

En termes objectifs, les réponses des individus montrent qu’il n’y a pas de statut idéal : chaque cluster se caractérise par un arbitrage entre différentes dimensions de la QVT : on éprouve la satisfaction d’être indépendant au prix d’un lourd volume de travail, on bénéficie de l’autonomie du statut cadre au prix d’un surcroît de stress au travail, on cumule rarement des conditions physiques pénibles et des horaires lourds, etc.

Mais, en termes subjectifs, les individus se « classent » spontanément dans des groupes totalement ordonnés. Il y a les « heureux », qui ont les « scores » les plus élevés sur toutes les dimensions de la QVT, les « normaux », les stressés… jusqu’aux accidentés du travail, au sens propre, qui ont une perception subjective de leur QVT extrêmement dégradée sur toutes les dimensions.

La relation entre les perceptions objective et subjective de la QVT est parfois contre-intuitive. Les actifs travaillant dans les services à la personne ou issus d’une immigration récente sont ainsi ceux parmi lesquels la proportion d’actifs « heureux » est la plus forte. Les cadres du public et du privé sont paradoxalement moins enthousiastes sur leur qualité de vie au travail.

Deux autres groupes se détachent de façon nette. D’une part, il existe un groupe majoritairement formé de professionnels de la santé, dont le niveau de QVT est moins favorable que la moyenne. D’autre part, un groupe des « accidentés du travail » se détache, dont la situation objective et subjective est de loin la plus dégradée, et qui se caractérise par une forte prévalence des conflits avec leur hiérarchie.

Globalement, l’autonomie au travail d’un individu est d’abord déterminée par son statut, cadre ou non cadre. À l’intérieur de ces deux catégories, on observe une relation, significative et positive, entre l’autonomie et la perception subjective de la QVT. Cette relation n’est toutefois pas totale : les « heureux » au travail ne sont pas les plus autonomes, ce qui accrédite l’idée qu’au-delà d’un certain seuil, l’autonomie au travail entraîne une pression ou une insécurité qui font plus que compenser ses effets positifs.

[1] Cette étude a été financée par Lidex Institut de la société numérique de l’université Paris-Saclay.

N’hésitez pas à contacter la responsable du projet : emilie.bourdu@la-fabrique.fr – tél. : 01.56.81.04.19

 

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