Reconfigurer la notion de travail

Denis Bismuth nous propose un travail de réflexion en 4 étapes. Dans ce second article, il nous propose de reconfigurer la notion de travail.

Par Denis Bismuth
Le 29/04/2021

Certaines de nos entreprises sont construites sur une conception du travail datant de l’ère industrielle qui semble ne pas correspondre aux exigences d’un monde en mutation permanente. Ce qui peut en partie expliquer leur difficulté à durer. Je vous propose ici une réflexion en 4 étapes sur cette question de l’évolution du travail :

  1. Le travail change de forme,
  2. Comment reconfigurer la notion de travail ?
  3. Comment intégrer le développement de compétences à l’activité professionnelle ?
  4. Comment changer le modèle de la formation ?

 

2. Reconfigurer la notion de travail

Aujourd’hui, poussé par les nouvelles technologies et les exigences de la crise sanitaire, on ne sait plus définir d’une manière aussi précise ce qu’est le travail. Ce flou dans la définition du travail représente un défi important en termes RH. Mais c’est aussi une opportunité de se libérer de cette conception du travail comme étant une activité bien définie, liée à un espace dédié dans un temps dédié.

Et si travailler c’était davantage que la production des biens et des services ? Si travailler c’était aussi produire des compétences ?

Ce qui compte ce n’est pas de faire varier le temps consacré au travail, mais ce qu’on fait quand on travaille. Il est peut-être nécessaire de procéder à une redéfinition qualitative du travail. Comme l’illustre l’étude récemment publiée, ce n’est pas tant le temps de travail qui va varier dans les temps futurs, mais surtout la manière dont les différentes activités qui le constituent doivent s’agencer.

Evolution des compétences demandées dans l'industrie manufacturière entre 2016 et 2030
Évolution des compétences demandées dans l’industrie manufacturière entre 2016 et 2030

On peut faire l’hypothèse que c’est parce qu’on reste dans une conception traditionnelle du travail qu’on a du mal à ajuster nos façons de travailler à ces changements inéluctables. On constate aisément qu’à chaque fois qu’apparait une nouvelle technologie, le travail est questionné : certains métiers disparaissent, d’autres émergent. Ces bouleversements accentuent les inégalités et les souffrances. Ces changements sont d’autant plus cruciaux aujourd’hui que l’Intelligence Artificielle est en train de réaliser un hold-up sur les tâches intellectuelles semblable à celui que la machine en son temps a produit avec le travail de force : nous débarrasser des tâches ingrates, tout en créant un peu plus d’inégalité pour des populations ayant du mal à s’adapter : l’illectronisme d’aujourd’hui remplace l’illettrisme d’hier.

Il est révolu le temps où l’on avait un métier pour la vie construit autour d’une compétence acquise en formation initiale. On le voit dans les métiers en forte tension de changement comme les métiers du digital ou des nouvelles technologies, où les connaissances ont une durée de vie très courte. L’obsolescence des compétences n’a d’égale que celle de nos produits ou de nos techniques. Lorsque les compétences sont rapidement frappées d’obsolescence il devient peu rentable d’aller chercher continuellement à l’extérieur de l’entreprise, par le moyen de formations traditionnelles des compétences « à jour ». Il devient plus intéressant de mettre les acteurs présents dans un processus de mise à jour continuelle de leurs compétences. Plus qu’ailleurs dans le digital où les compétences sont très rapidement obsolètes, et les frontières sont poreuses entre travail et formation.

Être réactif ou être proactif ?

Ce n’est pas quand la situation est grave qu’il faut réagir. Je me souviens d’une époque lointaine ou la direction du journal Libération disait à ses lecteurs : « tout va bien ! il est temps de tout changer ».

Le chômage et la formation peuvent apparaitre comme des tentatives de réguler le système et d’accompagner les changements. Mais l’investissement dans ces mesures sociales ne semble pas toujours efficace. La difficulté vient souvent du fait que les mesures correctives comme le reclassement par la formation ou l’indemnisation du chômage, sont prises « en réaction », une fois que « le mal est fait », une fois que d’une manière silencieuse, les compétences du salarié sont devenues obsolètes. On peut supposer qu’existe une obsolescence invisible des compétences comme existe un travail invisible au sens de Y. Schwartz.

Avec l’émergence de l’intelligence artificielle, la question de la refonte de notre conception du travail vient de nouveau frapper à la porte de l’organisation sociale en réclamant sa transformation. Les mesures sociales qui sont prises en réaction à ces bouleversements ont beaucoup de mal à réduire durablement ces inégalités : beaucoup de travailleurs se retrouvent hors-jeu du travail pendant que par ailleurs certaines entreprises ont du mal à trouver sur le marché les compétences qui leur sont indispensables.

Ces difficultés d’adaptation sont souvent dues aux difficultés d’ajustement des compétences : préparer les acteurs d’aujourd’hui aux compétences de demain suppose qu’à un moment le contrat de travail intègre une part de contrat de développement des compétences.

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