Évaluation des allégements de charges : le sens du timing

En janvier dernier, le Conseil d’analyse économique a vigoureusement relancé le débat sur l’efficacité des allégements de charges, indiquant d’une part que les allégements sur les bas salaires créent des emplois et doivent à ce titre être maintenus tandis que, d’autre part, les fractions du CICE et du Pacte de responsabilité assises sur les salaires intermédiaires n’ont pas d’effet sur la compétitivité et doivent donc être abandonnées. Ce sont deux débats distincts. Instruisons-les, sans oublier que les efforts alloués à ces deux objectifs sont très différents.

Par Vincent Charlet
Le 09/05/2019

Les allégements de charges sociales en France poursuivent deux objectifs : stimuler la création d’emplois peu qualifiés quand ils portent sur les bas salaires et soutenir la compétitivité extérieure quand ils portent sur les salaires intermédiaires. Le Conseil d’analyse économique vient de rendre un avis selon lequel ils sont efficaces (et donc à poursuivre) dans le premier cas et inefficaces (et à abroger) dans le second. Cela paraît excessif et simpliste, comme en témoigne l’expertise en cours, complexe et toute en nuances, sur les effets du CICE.

D’une part, les allégements sur les bas salaires représentent un coût budgétaire devenu très conséquent, pour des effets sur le chômage qui se présentent au mieux comme insuffisants et surtout transitoires. On montre dans cette synthèse que les périodes de décrue du chômage non qualifié coïncident avec les phases de vive extension des allégements généraux tandis que les périodes où les allégements stagnent sont celles où le chômage repart à la hausse.

D’autre part, le procès en inutilité des allégements sur les salaires intermédiaires, beaucoup moins massifs et plus récents que les précédents, semble prématuré. Seul le Pacte de responsabilité 2016 a porté sur des plages de salaires allant jusqu’à 3,5 SMIC et s’est présenté aux entreprises comme un outil simple d’utilisation. Affirmer qu’il n’a eu aucun effet sur les exportations, particulièrement soutenues en 2017 et 2018, supposerait un recul statistique dont personne ne bénéficie pour l’instant.

 

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